Le 54ème congrès de la Confédération générale du travail (CGT) s’est tenu cette semaine à Tours, offrant un théâtre à une unité syndicale rarement affichée avec autant de solennité. Sept des huit principales organisations syndicales françaises ont répondu présentes à la deuxième journée de cet événement, le 2 juin 2026. Seul Force ouvrière (FO) manquait à l’appel, conformément à sa tradition de ne pas se rendre aux congrès des autres syndicats.

La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a profité de cette tribune pour souligner ce qu’elle considère comme un enseignement des mobilisations récentes. En référence au conflit social de 2022 contre la réforme des retraites, elle a affirmé que l’union des syndicats constituait un « ingrédient » indispensable pour remporter des « victoires ». Cette déclaration, faite en présence de ses homologues, traduit la volonté de capitaliser sur la dynamique unitaire née lors de cette opposition.

Des leaders syndicaux presque tous présents

Parmi les personnalités ayant fait le déplacement à Tours figurent Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, ainsi que François Hommeril (CFE-CGC), Cyril Chabanier (CFTC), Laurent Escure (Unsa), Caroline Chevé (FSU) et Murielle Guilbert (Solidaires). Leur présence massive, quatre années après le début de la mobilisation contre les retraites, témoigne de la pérennité du rapprochement intersyndical amorcé à cette époque.

Cette démonstration d’unité ne doit toutefois pas masquer les tensions qui ont pu exister par le passé. Lors d’un meeting organisé par la CGT début février à son siège de Montreuil, la venue de François Hommeril avait nécessité tout son talent oratoire pour apaiser une salle agitée. De même, Marylise Léon, alors absente, avait vu un message vidéo préenregistré être rendu quasiment inaudible par les huées des participants.

Un contexte de relations apaisées entre les directions

La bonne entente actuelle entre les numéros un de la CGT et de la CFDT, Sophie Binet et Marylise Léon, toutes deux arrivées à la tête de leurs organisations respectives en 2023, a grandement facilité le maintien du dialogue. Cette fluidité relationnelle a permis de surmonter les différences historiques et de maintenir un cap commun sur plusieurs dossiers.

Les syndicats présents à Tours ont exprimé leur intention de poursuivre les actions communes, suggérant que l’alliance nouée lors du conflit des retraites n’est pas un feu de paille mais une stratégie durable. Pour Sophie Binet, cette unité n’est pas une fin en soi mais un moyen : celui de peser plus lourd face au gouvernement et au patronat, et de transformer la contestation en avancées concrètes pour les salariés.

Implications pour le mouvement social

La démonstration unitaire de Tours intervient dans un climat social marqué par des revendications sur les salaires, notamment dans la fonction publique, et par des interrogations sur la réforme de la protection sociale complémentaire des agents hospitaliers. La capacité des syndicats à parler d’une même voix pourrait déterminer l’issue de ces dossiers.

L’absence de Force ouvrière, bien que conforme à ses usages, rappelle que l’unité n’est pas absolue. FO reste toutefois une composante importante du paysage syndical français, et son retrait des grandes convergences pourrait, à l’avenir, limiter la portée des mobilisations communes.

En conclusion, le congrès de Tours a permis aux syndicats de réaffirmer leur union, condition qu’ils jugent nécessaire pour convertir la mobilisation en résultats tangibles. Reste à savoir si ce front commun saura résister aux épreuves à venir, entre divergences internes et pression du gouvernement.