Le Grand Palais accueille jusqu’au 6 septembre la première rétrospective parisienne de l’artiste argentin Leandro Erlich, figure incontournable de l’art contemporain spécialisé dans les illusions optiques et les installations participatives. L’exposition rassemble une trentaine d’années de création, durant lesquelles l’artiste a détourné des éléments du quotidien — escaliers, ascenseurs, cabines d’essayage, maisons — pour offrir aux visiteurs une expérience déstabilisante où la réalité se retourne.

Un maître du trompe-l’œil contemporain

Leandro Erlich, né à Buenos Aires en 1973, s’est fait connaître sur la scène internationale pour ses œuvres qui mêlent architecture, sculpture et installation. Son travail repose sur la manipulation de l’espace et des perspectives : fenêtres qui semblent s’ouvrir sur des paysages impossibles, salles de bain où le sol devient plafond, ou encore facades de maisons posées à même le sol. Dans ses créations, le spectateur n’est jamais passif : il est invité à entrer dans l’œuvre, à se prendre en photo, à devenir acteur de l’illusion. « Je veux que les gens ressentent un doute joyeux, qu’ils se demandent ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas », explique l’artiste.

Sept installations renversantes

Parmi les œuvres présentées, la célèbre Piscine (1999) reproduite dans plusieurs musées à travers le monde : une piscine en apparence remplie d’eau, sous laquelle des visiteurs peuvent marcher, tandis que d’autres, au-dessus, les observent à travers une surface transparente. L’installation La Maison (2006), vue à la Biennale de Venise, présente une maison renversée dont le toit est posé sur le sol, défiant toute logique architecturale. Plus récente, Cabines d’essayage (2016) propose une série de miroirs et de rideaux où les reflets ne correspondent pas à la réalité, créant des situations de dédoublement troublantes.

L’exposition met également en scène des escaliers sans fin, des ascenseurs qui semblent flotter, et des fenêtres ouvertes sur des ciels intérieurs. Chaque pièce est conçue pour que le public interagisse avec elle, prenne des photographies, et devienne à son tour partie prenante de l’illusion. « Leandro Erlich ne cherche pas à tromper, mais à révéler les failles de notre perception », souligne le commissaire de l’exposition.

Une expérience collective et photographique

L’artiste encourage le public à capturer ces moments d’étrangeté. Nombre de ses installations sont spécialement pensées pour être photographiées — les réseaux sociaux ont largement contribué à la renommée de ses œuvres, devenues virales à travers le monde. « Chaque visiteur repart avec son propre film mental, sa propre interprétation de l’espace », ajoute-t-il.

Cette dimension participative est au cœur de la rétrospective : au Grand Palais, les visiteurs peuvent grimper dans une maison retournée, s’asseoir dans une salle d’attente où les murs s’inversent, ou disparaître sous une piscine. L’artiste joue aussi avec les références culturelles et architecturales argentines, tout en les universalisant.

Un parcours dans l’histoire de l’art

Leandro Erlich s’inscrit dans la tradition des illusionnistes de l’art, des peintres de trompe-l’œil du XVIIe siècle jusqu’aux surréalistes. Mais il y ajoute une dimension interactive et contemporaine : le visiteur n’est plus simple regardeur, il devient explorateur. L’exposition est conçue comme un parcours ludique où chaque salle offre une nouvelle surprise. Certaines œuvres rappellent les travaux d’Escher, d’autres évoquent les décors de cinéma ou les installations de Christian Boltanski.

L’artiste argentin a exposé dans les plus grandes institutions mondiales — MoMA à New York, Tate Modern à Londres, Centre Pompidou à Paris — mais cette rétrospective au Grand Palais est une première dans la capitale française. Le lieu, avec ses volumes spectaculaires, offre un écrin idéal pour ses constructions déconcertantes.

Informations pratiques

L’exposition Leandro Erlich : Le Monde à l’envers se tient au Grand Palais, à Paris, jusqu’au 6 septembre. Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 19h (nocturne le jeudi jusqu’à 22h). Tarifs : 15 € (plein tarif), 12 € (tarif réduit). Le catalogue de l’exposition est disponible en librairie. Réservation conseillée en raison de l’affluence attendue.