Depuis plusieurs mois, le Japon amorce un virage politique sensiblement plus conservateur et nationaliste. Ce mouvement, nourri par les difficultés économiques intérieures et les tensions croissantes avec la Chine, s’accentue depuis l’arrivée au pouvoir de Sanae Takaichi, une Première ministre issue de l’aile ultraconservatrice du Parti libéral-démocrate (PLD). Le gouvernement Takaichi prévoit de resserrer les règles d’entrée et de séjour des étrangers, tout en poursuivant un réarmement stratégique sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

Un discours anti-étranger qui progresse

La trajectoire nationaliste se manifeste notamment par une rhétorique de plus en plus hostile envers les travailleurs immigrés, pourtant indispensables à une société japonaise vieillissante et en déclin démographique. Les autorités justifient ces mesures par la nécessité de préserver l’homogénéité culturelle du pays et de faire face à la concurrence régionale. Le gouvernement a fait savoir qu’il entendait maintenir le cap en matière de durcissement migratoire, sans préciser de calendrier législatif. Les observateurs notent que ce durcissement intervient alors que le Japon connaît une pénurie de main-d’œuvre dans les secteurs des soins aux personnes âgées, de l’agriculture et de la construction.

Réarmement et révision constitutionnelle

Parallèlement à la restriction migratoire, Tokyo accélère son réarmement. Mme Takaichi a fait de la révision de l’article 9 de la Constitution – qui renonce à la guerre – une priorité. Dans un contexte de tensions en mer de Chine orientale et de multiplication des essais balistiques nord-coréens, le gouvernement prévoit d’augmenter le budget de la défense à hauteur de 2 % du PIB d’ici 2027, un seuil comparable à celui des membres de l’OTAN. Ce double mouvement – fermeture aux étrangers et affirmation militaire – répond selon l’exécutif à un même impératif : protéger la souveraineté japonaise.

Réactions contrastées dans la société

La ligne dure du gouvernement Takaichi ne fait pas l’unanimité. Des milieux économiques redoutent que le resserrement migratoire n’aggrave les pénuries de main-d’œuvre. Le secteur des services, dépendant des travailleurs étrangers via le programme de « stagiaires techniques », s’inquiète d’un possible assèchement des flux. À l’inverse, des mouvements identitaires et une partie de l’opinion publique, sensible au discours nationaliste, soutiennent ces mesures.

Calendrier législatif

La feuille de route du gouvernement prévoit de soumettre au Parlement un projet de loi réformant les conditions d’octroi des visas de travail et de résidence permanente. Si le PLD dispose d’une majorité confortable, certaines factions modérées pourraient tenter d’amender le texte. L’issue de ces débats dessinera le visage du Japon pour les décennies à venir, tiraillé entre son besoin de main-d’œuvre et une identité nationale de plus en plus affirmée.