Le vaste programme de logements abordables lancé par le gouvernement kenyan, qui vise à offrir des toits à des milliers de familles, produit des effets paradoxaux. Loin de résoudre la crise du logement, cette politique entraîne des expulsions forcées et laisse de nombreuses personnes sans abri, en particulier dans la capitale Nairobi.
Des quartiers entiers sont rasés pour faire place à des immeubles neufs, sans que des solutions de relogement adéquates soient proposées aux habitants évincés. Ces derniers, souvent locataires informels ou occupants de longue date, se retrouvent jetés à la rue, leurs biens détruits par les bulldozers.
Ce phénomène, qui prend de l'ampleur ces derniers mois, attise les tensions sociales. Le mécontentement monte parmi les populations concernées et au sein de la société civile, qui dénonce une « gentrification » brutale par le haut. Plusieurs associations alertent sur les conséquences humanitaires et appellent à une révision des modalités de mise en œuvre du plan.
Les autorités justifient cette politique par la nécessité de moderniser les infrastructures et de répondre à une demande croissante en logements décents dans une métropole qui ne cesse de s'étendre. Le gouvernement assure que les nouvelles constructions permettront, à terme, de loger davantage de ménages à des prix accessibles. Mais sur le terrain, le décalage est criant entre le discours officiel et la réalité vécue par les habitants expulsés.
Ce programme, qui devait être un fleuron du développement urbain au Kenya, tourne au foyer de contestation. La controverse grandit et pose la question cruciale du droit au logement face aux projets d'aménagement. Les observateurs estiment que sans une meilleure prise en compte des droits des occupants précaires, le risque de voir se multiplier les bidonvilles et les situations d'urgence reste élevé.