Alors que le drapeau israélien flotte depuis le week-end dernier sur le Fort Beaufort, dans le sud du Liban, la trêve officielle n'a pas mis fin aux affrontements. L'armée israélienne et la milice chiite du Hezbollah, alignée sur l'Iran et classée organisation terroriste par plusieurs capitales occidentales et arabes sunnites, continuent de s'affronter sur le terrain.
La détérioration de la situation sécuritaire a contraint la ministre allemande du Développement, Reem Alabali Radovan, à annuler au dernier moment un déplacement au Liban. Peu auparavant, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Israel Katz avaient ordonné des frappes sur des « cibles terroristes » dans la banlieue sud de Beyrouth, présentée par les autorités israéliennes comme un bastion du Hezbollah. Ces opérations ont été justifiées par des violations répétées du cessez-le-feu attribuées à la milice.
Des frappes qui exaspèrent les tensions
Téhéran a estimé que les actions israéliennes retardaient la conclusion d'un accord de cessez-le-feu avec les États-Unis. De nombreux civils ont fui les quartiers sud de la capitale libanaise, tandis que le président libanais Joseph Aoun a dénoncé une « agression israélienne brutale ».
Le bilan humain est lourd. Selon les autorités libanaises, plus de 3 400 personnes ont péri depuis le 2 mars. Du côté israélien, l'armée fait état de 24 soldats et quatre civils tués.
Une atmosphère de tension extrême
Merin Abbass, responsable du bureau de la Fondation Friedrich-Ebert à Beyrouth, décrit une atmosphère de tension palpable : « À ce jour, des menaces spécifiques de bombardements sur la banlieue sud de Beyrouth ont été proférées. Les premières évacuations ont déjà eu lieu. On sent la tension », a-t-il déclaré.
L'escalade en cours interroge sur les objectifs réels d'Israël. Officiellement, Jérusalem affirme vouloir affaiblir et désarmer le Hezbollah, dont les tirs de roquettes et de drones contre le nord d'Israël constitueraient une menace immédiate. Pour Merin Abbass, le gouvernement israélien subit une forte pression intérieure : « En Israël, une critique importante s'exprime : le combat contre le Hezbollah ne serait pas mené avec assez de détermination. » Il souligne que l'avancée israélienne au nord du fleuve Litani démontre que, du point de vue israélien, la stratégie suivie jusqu'à présent n'a pas suffi.
Des experts mettent en garde contre les conséquences
Jan Wilkens, spécialiste du Moyen-Orient à l'Institut allemand d'études globales et régionales (GIGA) de Hambourg, estime également que l'objectif est d'affaiblir militairement le Hezbollah. Il prévient toutefois que cette offensive aura un coût politique : « Du point de vue du droit international, nous assistons à une violation fondamentale de la souveraineté de l'État », a-t-il fait observer.
Plusieurs analystes redoutent que les opérations israéliennes ne sapent les forces libanaises favorables à une solution politique. Le Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) a mis en garde : les attaques actuelles risquent d'affaiblir les institutions de l'État libanais et, ce faisant, de renforcer indirectement l'argument du Hezbollah selon lequel seule la résistance armée peut garantir la sécurité.