Les affrontements se multiplient dans le nord du Mali, où les forces armées maliennes et leurs supplétifs russes d’Africa Corps font face à une coalition hétéroclite mais déterminée, alliant jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA). Après avoir perdu puis reconquis la ville d’Anéfis début juillet, l’état-major malien a subi un nouveau revers samedi 18 juillet avec l’attaque d’un convoi en route vers Gao.

Une embuscade meurtrière dans le secteur de Tabankort

Selon des sources militaires et sécuritaires, le convoi, composé d’une cinquantaine de véhicules, a été pris pour cible alors qu’il quittait Anéfis en direction de Gao, dans la région de Kidal. L’embuscade a eu lieu près de la localité de Tabankort, entre cette dernière et Tangara. Une source au sein du FLA a confirmé l’opération, affirmant que les assaillants avaient contraint « l’ennemi à abandonner plusieurs matériels, dont des camions ». Des images diffusées par le mouvement séparatiste montrent ce qui serait des dizaines de prisonniers issus des rangs de l’armée régulière.

« Notre convoi qui quittait Anéfis pour Gao a été attaqué ce matin au niveau de Tabankort. Les combats sont en cours. C’est une embuscade », avait déclaré un officier basé à Gao. Une source sécuritaire a reconnu que l’armée avait subi des pertes sévères, même si une partie du convoi a pu poursuivre sa route. Une autorité locale a évoqué « beaucoup de victimes », sans fournir de bilan chiffré dans l’immédiat.

Retour sur la bataille d’Anéfis

Cette nouvelle attaque intervient moins de deux semaines après l’offensive coordonnée du 4 juillet, lancée par la coalition Jnim-FLA contre plusieurs localités simultanément – Anéfis, Gao, Sévaré et Kenioroba – afin de disperser les drones et les moyens de l’armée malienne. Le camp militaire d’Anéfis, tenu par les forces gouvernementales et les hommes d’Africa Corps, avait été encerclé pendant plusieurs jours. Les combattants du FLA avaient même utilisé des blindés saisis lors de leur précédente prise de Kidal, fin avril.

Après six jours d’âpres combats, l’armée malienne a annoncé le 10 juillet avoir repris le contrôle d’Anéfis. Le bilan officiel communiqué par l’état-major le 12 juillet faisait état d’une trentaine de morts et d’une soixantaine de blessés parmi les soldats maliens. La ville, verrou stratégique donnant accès à l’extrême nord du pays, reste un enjeu majeur pour les belligérants.

Une alliance tactique entre jihadistes et indépendantistes

La coordination entre le Jnim, affilié à Al-Qaïda, et le FLA, qui revendique l’indépendance de l’Azawad, marque un tournant dans le conflit malien. Ces deux mouvements, aux idéologies différentes, ont uni leurs efforts contre ce qu’ils considèrent comme un ennemi commun : la junte militaire au pouvoir à Bamako et ses alliés russes. Cette alliance, observée depuis le printemps 2026, a permis une série d’offensives d’envergure, dont la prise de Kidal en avril.

Les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des pick-up armés progressant dans les rues d’Anéfis le 4 juillet, des tirs d’armes légères depuis des murets vers la base militaire, et l’utilisation de matériel lourd capturé. Les observateurs soulignent que la coalition parvient à coordonner ses mouvements, obligeant l’armée et ses partenaires russes à multiplier les déplacements et à subir des pertes.

Des risques accrus pour la junte et ses alliés

L’embuscade du 18 juillet confirme la capacité des rebelles à frapper les colonnes logistiques et les rotations de troupes, fragilisant le contrôle des forces gouvernementales dans le nord. Les paramilitaires russes d’Africa Corps, qui ont succédé au groupe Wagner au Mali, sont directement visés par ces attaques. Leur présence, censée renforcer la sécurité, n’a pas empêché la multiplication des embuscades ces dernières semaines.

La guerre de propagande fait également rage : chaque camp publie ses propres images pour démontrer sa supériorité ou minimiser ses pertes. Les autorités maliennes n’ont pas encore réagi officiellement à l’attaque du 18 juillet. La situation sécuritaire dans la région de Kidal reste extrêmement tendue, et la coalition jihadiste-séparatiste semble déterminée à poursuivre son offensive pour affaiblir la junte de Bamako.