À huit jours du second tour de l’élection présidentielle péruvienne, prévu le 7 juin, la candidate de droite populiste Keiko Fujimori a été la cible d’une importante mobilisation citoyenne. Samedi 30 mai, des milliers de manifestants ont convergé vers le centre de Lima pour exprimer leur opposition à sa candidature. La capitale péruvienne a ainsi été le théâtre d’un rassemblement d’ampleur, alimenté par le rejet que suscite la figure de Keiko Fujimori dans une partie de l’électorat.

Une candidature controversée

Keiko Fujimori, âgée de 51 ans, brigue la présidence pour la quatrième fois. Elle est la fille d’Alberto Fujimori, ancien chef de l’État péruvien condamné à seize ans de prison pour crimes contre l’humanité. Ce passé pèse lourdement sur sa campagne. Pour les opposants, porter le nom Fujimori sur un bulletin de vote revient à cautionner un héritage autoritaire et répressif. Les manifestants reprochent également à la candidate sa proximité avec certains milieux d’affaires et son discours sécuritaire.

Les organisateurs de la marche, issus de collectifs de défense des droits humains, d’associations de jeunes et de partis de gauche, ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un risque pour la démocratie péruvienne. « Nous ne voulons pas d’un retour au passé, nous voulons un avenir sans corruption ni impunité », a déclaré l’une des porte-parole du mouvement. Aucun incident majeur n’a été signalé lors de ce rassemblement, qui s’est déroulé dans le calme.

Le contexte électoral

Le second tour oppose Keiko Fujimori à un candidat de gauche, dont le nom n’a pas encore été confirmé par les autorités électorales au moment de la manifestation. La campagne a été marquée par une forte polarisation. Les sondages donnent les deux candidats dans un mouchoir de poche, rendant l’issue du scrutin incertaine. Le Pérou, plongé dans une crise politique chronique, connaît une instabilité ministérielle et une défiance croissante envers les institutions.

La candidate Fujimori a tenté de se présenter comme une voix de l’ordre et du développement économique, mais ses opposants lui rappellent régulièrement les années de pouvoir de son père, marquées par des violations des droits de l’homme et des scandales de corruption. Alberto Fujimori, libéré en décembre 2023 après une décision de justice controversée, reste une figure clivante. Sa présence dans le débat public ravive les douleurs de la période 1990-2000.

Une mobilisation qui pourrait s’amplifier

Les organisateurs de la manifestation de samedi ont annoncé leur intention de maintenir la pression jusqu’au scrutin. D’autres rassemblements sont prévus dans les jours à venir, notamment à Arequipa et Cusco, deuxième et troisième villes du pays. La police nationale avait déployé un dispositif important pour encadrer le défilé, mais aucun débordement n’a été constaté.

Les manifestations contre Keiko Fujimori ne sont pas nouvelles : lors des précédentes élections de 2011, 2016 et 2021, des mobilisations similaires avaient eu lieu. Mais l’approche du second tour de 2026 intervient dans un climat social tendu, marqué par l’inflation et la lassitude politique. Pour de nombreux Péruviens, ce scrutin représente un choix entre la continuité d’un système jugé corrompu et un changement incarné par la gauche radicale.

Une candidate habituée des seconds tours

Keiko Fujimori a déjà été battue de justesse en 2021 par Pedro Castillo, avant que ce dernier ne soit destitué. Elle dispose d’un socle électoral solide, notamment dans les zones rurales et parmi les électeurs les plus âgés, qui gardent un souvenir positif des politiques économiques de son père. Mais sa cote de popularité reste faible dans les grandes villes et auprès des jeunes, qui sont massivement descendus dans la rue samedi.

La candidate n’a pour l’instant pas réagi directement à la manifestation, mais son équipe de campagne a dénoncé des « tentatives d’intimidation » de la part de l’opposition. Le scrutin du 7 juin s’annonce serré et pourrait une nouvelle fois révéler les fractures profondes de la société péruvienne.