Un procès sous haute tension

Mercredi 27 mai, environ 200 personnes se sont rassemblées dans le parc situé face au palais de justice de Poitiers pour soutenir quatre militants poursuivis pour « organisation de manifestation illégale » après le rassemblement du 25 mars 2023 à Sainte-Soline. Des tracteurs de la Confédération paysanne, salués par de vifs applaudissements, ont fait leur apparition aux alentours de midi sous un soleil accablant.

Les quatre prévenus, figures reconnues de la lutte contre les mégabassines, comparaissaient devant la cour d’appel. La représentante du ministère public a requis des peines allant jusqu’à six mois de prison avec sursis à leur encontre. L’audience s’est déroulée dans un climat lourd, marqué par l’impossibilité de débattre du cœur du sujet : la répression qui a frappé la manifestation originelle.

Une manifestation aux lourdes séquelles

Le rassemblement du 25 mars 2023 à Sainte-Soline avait donné lieu à une répression d’une ampleur inédite. Selon les bilans officiels, près de 200 personnes avaient été blessées, dont plusieurs grièvement. Les participants dénonçaient alors la construction de mégabassines, ces retenues d’eau controversées destinées à l’irrigation agricole intensive. Les affrontements avec les forces de l’ordre avaient été d’une rare violence, suscitant de vives critiques.

Des organisateurs jugés, les violences éludées

Lors de l’audience en appel, les avocats de la défense ont tenté à plusieurs reprises d’évoquer le contexte répressif de la manifestation, mais la présidente de la cour a systématiquement rappelé que ces éléments ne relevaient pas du débat judiciaire. « Les justes vont être jugés avant les barbares », a lancé un avocat, résumant le sentiment d’injustice qui prévalait parmi les soutiens. Les prévenus risquent une peine de prison avec sursis, mais c’est bien la question de la légitimité de la répression qui reste en suspens.

Un procès qui divise

Au-delà des prévenus, c’est tout le mouvement contre les mégabassines qui se sent visé. Les organisations écologistes et syndicales présentes dans le parc ont dénoncé une « instrumentalisation de la justice » au service de l’État. De leur côté, les autorités judiciaires insistent sur le respect de l’ordre public et la nécessité de sanctionner les organisateurs d’une manifestation interdite. Le délibéré a été mis en délibéré à une date ultérieure, laissant planer une incertitude sur le sort des quatre militants.