Les arbitrages budgétaires décidés par l’exécutif britannique pour accroître les crédits alloués à la défense pourraient se traduire par la suppression d’environ 10 000 emplois dans le secteur des infrastructures. Cette estimation, rendue publique ces derniers jours, reflète les conséquences sociales d’une réorientation des priorités financières de l’État.

Le gouvernement dirigé par Keir Starmer a dévoilé fin juin un plan de 15 milliards de livres supplémentaires pour les armées, dont 5 milliards consacrés aux drones et à l’armement de nouvelle génération. Pour financer cet effort, Downing Street a choisi de réduire les crédits alloués à d’autres postes budgétaires, notamment ceux affectés aux infrastructures civiles. Les projets de routes, de ponts, de voies ferrées et de rénovation urbaine sont directement visés.

Selon des analystes et des syndicats, ces coupes pourraient entraîner la disparition de 10 000 postes dans les collectivités locales et les entreprises de travaux publics. Les régions les plus dépendantes des investissements publics, dans le nord de l’Angleterre, le pays de Galles et l’Écosse, seraient les plus touchées. Les organisations professionnelles du BTP ont alerté sur le risque d’une « hémorragie de compétences » et d’une fragilisation de filières industrielles entières.

Le premier ministre justifie ce recentrage par le contexte géopolitique, en particulier la guerre en Ukraine et les pressions exercées par les États-Unis pour que les alliés de l’OTAN consacrent au moins 2,5 % de leur PIB à la défense. Un sommet de l’Alliance atlantique est prévu cette semaine, et le locataire du 10 Downing Street devrait y faire face à des critiques répétées de Washington sur le niveau encore jugé insuffisant de l’effort militaire britannique.

Un trou de 4,7 milliards laissé au prochain gouvernement

Parallèlement, des documents officiels diffusés fin juin révèlent que le plan de défense de Starmer laisse un déficit structurel de 4,7 milliards de livres pour le successeur du premier ministre, quel qu’il soit. Ce « trou » budgétaire correspond à des engagements pris aujourd’hui qui ne seraient pas intégralement financés par les recettes prévues, reportant de fait la charge sur les exercices futurs.

Ce chiffre a été confirmé par le Trésor, qui précise que ces 4,7 milliards correspondent aux coûts récurrents des programmes d’armement une fois les investissements initiaux engagés, sans que des sources de financement pérennes aient été identifiées pour les années suivantes. L’opposition travailliste et certains économistes ont dénoncé un « manque de sincérité budgétaire », tandis que le gouvernement invoque la nécessité de répondre à l’urgence sécuritaire.

Un sommet sous tension

Keir Starmer se rend donc à la réunion des chefs d’État et de gouvernement de l’OTAN avec une position délicate. L’administration américaine, par la voix de hauts responsables, a jugé que l’effort britannique restait en deçà des objectifs fixés en 2024. Le Royaume-Uni, qui consacre actuellement environ 2,3 % de son PIB à la défense, prévoit d’atteindre 2,5 % d’ici à 2030. Mais Washington presse ses alliés d’aller plus vite et plus loin.

Le ministre britannique de la Défense a défendu la stratégie de son gouvernement en soulignant qu’elle combine « hausse des capacités militaires et responsabilité budgétaire ». Il a rappelé que le plan inclut des investissements dans les drones, la cyberdéfense et la modernisation de la flotte de chasseurs F-35.

Côté syndical, la grogne monte. Les représentants des collectivités locales demandent un rendez-vous d’urgence avec le chancelier de l’Échiquier pour obtenir l’annulation ou l’étalement des coupes. Un porte-parole a déclaré que « sacrifier les routes et les écoles pour acheter des missiles n’est ni juste ni efficace pour la sécurité du pays à long terme ».

Des conséquences durables

Au-delà de l’emploi direct, les économistes pointent un risque de ralentissement de la croissance dans les zones qui bénéficiaient de ces chantiers. Les infrastructures de transport, déjà vieillissantes dans plusieurs régions, pourraient voir leur modernisation repoussée de plusieurs années. La question de la soutenabilité politique de ce choix se pose à mesure que les effets concrets se feront sentir sur le terrain.

Le gouvernement compte sur le dynamisme du secteur privé pour compenser en partie les pertes d’emplois publics, mais les analystes estiment que ce rééquilibrage prendra du temps. En attendant, le dossier des coupes dans les infrastructures promet d’être l’un des sujets centraux des débats parlementaires à la rentrée.