Le plan de hausse des dépenses militaires annoncé par le gouvernement de Keir Starmer pourrait avoir un coût social inattendu. Une nouvelle étude menée par des chercheurs indépendants conclut que les coupes dans les infrastructures, nécessaires pour dégager des ressources budgétaires, entraîneraient la suppression de près de 10 000 postes au Royaume-Uni.

L'analyse, dont les conclusions ont été rendues publiques ces derniers jours, examine l'impact des arbitrages réalisés entre les investissements civils et le renforcement du budget de la défense. Le gouvernement a en effet décidé de réduire le financement de plusieurs projets d'infrastructure afin de dégager des fonds supplémentaires pour l'armée, dans le cadre d'un effort visant à porter les dépenses militaires à un niveau jugé plus conforme aux menaces actuelles.

Les chercheurs estiment que les chaînes d'approvisionnement du secteur de la défense sont fortement internationalisées. Selon eux, une part significative des dépenses militaires supplémentaires pourrait bénéficier à des entreprises basées à l'étranger, réduisant ainsi l'effet positif attendu sur l'emploi national. En revanche, les coupes dans les infrastructures – domaines à forte intensité de main-d'œuvre locale – auraient un effet direct et immédiat sur le marché du travail britannique.

Des arbitrages contestés

Cette évaluation intervient alors que le plan de défense fait déjà l'objet de vifs débats. Des voix critiques soulignent que la priorité donnée à l'équipement militaire, notamment dans le domaine des drones, se fait au détriment d'investissements dans les transports, l'énergie ou le logement, secteurs pourtant essentiels à la croissance et à l'amélioration des services publics.

Les auteurs de l'étude n'ont pas nommé précisément les projets d'infrastructure concernés, mais ils précisent que les réductions budgétaires toucheront principalement des programmes à moyen terme. Ils appellent les décideurs à revoir la répartition des enveloppes afin d'éviter un choc négatif sur l'emploi.

Un héritage pour le prochain gouvernement

Le plan actuel, qui prévoit une augmentation substantielle des crédits militaires sur cinq ans, laisse également une contrainte financière pour le prochain locataire du 10 Downing Street. Le trou budgétaire, estimé à plusieurs milliards de livres, devra être comblé par le prochain Premier ministre, quel qu'il soit, ce qui pourrait l'obliger à arbitrer à son tour entre défense et infrastructures.

Les chercheurs mettent en garde contre une spirale où les coupes dans les projets civils réduisent la capacité d'innovation et de productivité du pays. Ils recommandent de rechercher des sources de financement alternatives pour la défense, afin de ne pas hypothéquer l'avenir économique du Royaume-Uni.

Réactions politiques

Le gouvernement n'a pas encore officiellement réagi à cette analyse. Toutefois, des proches de l'exécutif rappellent que la priorité absolue reste la sécurité du pays, dans un contexte géopolitique tendu. Ils estiment que les calculs des chercheurs ne prennent pas suffisamment en compte les retombées technologiques et industrielles des investissements dans la défense.

L'opposition, de son côté, a saisi l'occasion pour critiquer la gestion des finances publiques, dénonçant un « choix idéologique » qui sacrifie les infrastructures au profit d'un effort militaire dont les retombées immédiates pour l'emploi seraient limitées.

Quoi qu'il en soit, les 10 000 emplois potentiellement menacés pourraient devenir un enjeu électoral majeur, alors que le pays s'achemine vers une échéance politique déterminante.