La brouille entre les deux hommes forts de la nouvelle Sénégal est désormais consommée. Le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, a officialisé le 2 juin la composition d’un gouvernement dont Ousmane Sonko, son ancien premier ministre et compagnon de campagne, a refusé de faire partie. Ce refus, qui se double d’un boycott du nouveau cabinet par le parti de M. Sonko, scelle une rupture que les observateurs pressentaient depuis plusieurs semaines.
Le remaniement, annoncé depuis la présidence, intervient dans un climat de tensions croissantes entre les deux dirigeants, élus en 2024 sur un programme commun de souveraineté et de rupture avec l’ancien système. Ousmane Sonko, figure populaire et charismatique, n’a pas seulement décliné sa participation : il a également appelé ses partisans à ne pas siéger dans le nouvel exécutif, privant ainsi M. Faye d’une base parlementaire unie.
Un gouvernement recomposé
La nouvelle équipe, dévoilée dans la soirée, compte plusieurs ministres issus de la mouvance présidentielle mais aucun proche de M. Sonko. Selon des sources proches du palais, le président Faye avait tenté de trouver un compromis en offrant quelques portefeuilles à l’ancien premier ministre, mais ce dernier aurait exigé un contrôle élargi sur les secteurs clés, ce que le chef de l’État a refusé. Le nom du nouveau premier ministre, qui remplace M. Sonko, n’a pas été précisé dans l’immédiat.
Les racines du conflit
La mésentente couvait depuis plusieurs mois. Des divergences stratégiques sur la gestion des affaires, notamment la politique économique et le calendrier des réformes, avaient déjà provoqué des frictions. En mai, plusieurs indices avaient alerté l’opinion : le départ de quelques conseillers sonkistes de l’entourage présidentiel, des déclarations publiques discordantes et un projet de loi sur la gouvernance contesté par le camp de l’ancien premier ministre.
Cette fracture intervient alors que le Sénégal traverse une période de fragilité économique et sociale. Les promesses de rupture, qui avaient porté Faye et Sonko au pouvoir, peinent à se concrétiser face à des contraintes budgétaires et à une opposition qui gagne du terrain. Le divorce entre les deux hommes risque d’affaiblir encore un exécutif déjà sous pression.
Réactions et perspectives
Dans les milieux politiques, la décision du président est analysée comme une tentative de reprendre la main. En écartant son turbulent allié, M. Faye chercherait à stabiliser son autorité avant des échéances électorales à venir. Cependant, l’absence de M. Sonko au sein du gouvernement pourrait compliquer l’adoption de réformes majeures, son parti disposant encore d’une influence non négligeable dans les rouages de l’État.
Aucune déclaration officielle de M. Sonko n’a été publiée depuis l’annonce, mais ses soutiens diffusent déjà des critiques virulentes sur les réseaux sociaux, dénonçant une « confiscation du pouvoir » et une « trahison » du projet initial. La situation reste fluide, et plusieurs observateurs redoutent que ce schisme ne débouche sur une paralysie institutionnelle.