Le secrétaire à la Défense des États-Unis, Pete Hegseth, a prononcé un discours remarqué samedi lors du Shangri-La Dialogue à Singapour, forum de sécurité majeur en Asie. Devant un parterre de responsables militaires et diplomatiques, il a esquissé les grandes lignes de la politique étrangère américaine, mêlant critiques acerbes envers les alliés européens et discours plus conciliant à l’égard de la Chine.

« L’ère de la subvention » est révolue

Sur le chapitre européen, Hegseth a été sans équivoque. « L’ère des États-Unis qui subventionnent la défense de nations riches est terminée », a-t-il déclaré. Cette phrase vise directement les membres de l’Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) qui n'atteignent pas l'objectif de consacrer 2 % de leur produit intérieur brut (PIB) aux dépenses militaires. « Nous avons besoin de partenaires, pas de protectorats. Nous n’avons pas d’alliance solide si tout le monde ne met pas la main à la pâte. Pas de resquillage », a-t-il ajouté, reprenant un thème récurrent de l’administration Trump.

Ce discours intervient dans un contexte troublé par des déclarations récentes du président Donald Trump, qui a d’abord annoncé le retrait de troupes américaines d’Allemagne, avant de déployer 5 000 soldats supplémentaires en Pologne. Il n’a pas été précisé si ces troupes étaient les mêmes que celles devant quitter le sol allemand.

Un ton apaisé envers Pékin

À l’inverse, le ton employé à l’égard de la Chine a été nettement plus mesuré. Hegseth a reconnu que les relations entre Washington et Pékin étaient « meilleures » qu’elles ne l’avaient été depuis des années. Il a toutefois exprimé une « alarme légitime » concernant « le renforcement militaire historique de la Chine et l’expansion de ses activités militaires dans la région et au-delà ». Il a exhorté les alliés de Washington dans la zone indo-pacifique à accroître leurs budgets de défense pour contrebalancer cette montée en puissance.

« Un Pacifique dominé par un hégémon briserait l’équilibre régional des forces », a-t-il averti, avant d’ajouter : « Aucun État, y compris la Chine, ne peut imposer son hégémonie et menacer la sécurité ou la prospérité de notre nation et de nos alliés. »

Taiwan : un statu quo maintenu, mais des décisions en suspens

Interrogé sur le dossier taïwanais, Hegseth a indiqué qu’il n’y avait « aucun changement dans notre statut », sans pour autant confirmer la finalisation d’une vente d’armes de 14 milliards de dollars à l’île. Il a précisé que ces décisions dépendraient du président Trump et de la nature de la relation avec Taiwan. Cette déclaration fait suite au voyage récent de Donald Trump en Chine, où le président Xi Jinping a qualifié la question taïwanaise de « dossier le plus important » des relations bilatérales.

Le conflit iranien en toile de fond

Hegseth a également évoqué l’Iran, alors que des discussions sont en cours pour un accord de paix durable. Les États-Unis et Israël ont lancé une guerre contre Téhéran fin février, un conflit qui a épuisé les stocks de munitions critiques américaines, notamment les intercepteurs Terminal High Altitude Area Defence (THAAD), d’un coût unitaire d’environ 12 millions de dollars. Un rapport du Center for Strategic and International Studies (CSIS) a estimé qu’il faudrait de deux à trois ans pour reconstituer ces arsenaux.