Le sommet du G7, qui a débuté dans la station balnéaire de Borgo Egnazia, dans les Pouilles, en Italie, a été marqué par un regain d'intérêt diplomatique pour un dialogue avec Moscou, malgré les divisions persistantes au sein du groupe des démocraties industrialisées. Plusieurs chefs d'État ont évoqué, lors de sessions à huis clos, la nécessité d'explorer des voies de communication avec le Kremlin, sans pour autant remettre en cause le soutien à l'Ukraine.

Une proposition américaine conditionnelle

Selon des informations concordantes, le président américain Donald Trump aurait fait savoir à ses homologues européens qu'il était prêt à maintenir l'aide militaire à l'Ukraine, mais à une condition : que les pays européens participent financièrement et logistiquement au déminage du détroit d'Ormuz. Ce passage stratégique, par lequel transite près d'un tiers du pétrole mondial, est régulièrement perturbé par des mines placées par des acteurs non étatiques dans le cadre du conflit régional. Cette proposition, présentée comme un échange de bons procédés, viserait à sécuriser une route commerciale vitale pour l'économie mondiale, tout en allégeant le fardeau américain dans le conflit ukrainien.

Les réactions des alliés européens ont été mitigées. Si certains pays, comme la France et l'Allemagne, ont accueilli favorablement l'idée d'un partage des responsabilités en matière de sécurité maritime, d'autres ont exprimé des réserves quant à la conditionnalité de l'aide à l'Ukraine. Un responsable européen, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a confié que « lier le destin de l'Ukraine à une opération de déminage dans le golfe Persique paraît difficile à justifier auprès de nos opinions publiques ». Cependant, aucune décision formelle n'a été prise à ce stade, et les discussions se poursuivent en marge du sommet.

La question du dialogue direct avec Moscou

Parallèlement à ces tractations, la question d'une reprise du dialogue diplomatique avec la Russie a été abordée. Le chancelier allemand, Olaf Scholz, aurait plaidé pour l'envoi d'un émissaire européen à Moscou, afin de tester la volonté de Vladimir Poutine de négocier un cessez-le-feu. Cette position, bien que minoritaire, a reçu un écho chez certains dirigeants du Sud global présents en tant qu'invités, notamment le Premier ministre indien, Narendra Modi, et le président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, qui ont appelé à une « désescalade immédiate ». En revanche, les représentants du Royaume-Uni et du Canada se sont montrés fermement opposés à toute initiative qui pourrait être interprétée comme une concession face à l'agression russe.

Le spectre d'un conflit prolongé

Le sommet se déroule alors que les combats en Ukraine connaissent une recrudescence, avec des frappes russes massives sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, présent en visioconférence, a lancé un appel pathétique aux dirigeants du G7 pour qu'ils accélèrent la livraison de systèmes de défense aérienne et de munitions d'artillerie. Il a averti que « chaque jour de retard coûte des vies et permet à l'ennemi de creuser ses positions ». Sa déclaration a été suivie par une annonce des États-Unis concernant un nouveau paquet d'aide d'urgence, bien que son ampleur exacte n'ait pas été précisée.

Sur le plan économique, les dirigeants ont également discuté des moyens de contrer les contournements des sanctions occidentales par la Russie, en particulier via des pays tiers comme la Chine et les Émirats arabes unis. Les discussions ont abouti à un accord de principe pour renforcer les contrôles douaniers et cibler les banques soupçonnées de faciliter ces flux financiers. Une déclaration commune finale, attendue en fin de semaine, devrait refléter ces engagements, tout en laissant une ambiguïté calculée sur la question du dialogue avec Moscou.

Un fragile équilibre

Le sommet de Borgo Egnazia illustre les dilemmes auxquels sont confrontés les dirigeants occidentaux : concilier le soutien indéfectible à l'Ukraine avec la nécessité de ne pas fermer la porte à une solution diplomatique, alors que les perspectives d'une victoire militaire rapide s'éloignent. Les prochaines semaines s'annoncent cruciales, avec la tenue d'une conférence de paix à Genève, dont le format et les participants sont encore en discussion. L'issue de ces négociations dépendra en grande partie de la capacité des membres du G7 à maintenir une unité de façade face à un adversaire qui, selon les analystes, cherche à diviser les alliés.