Au Turkménistan, les chevaux de race Akhal-Teké sont bien plus qu'un simple animal emblématique. Ils sont présentés comme des «chevaux célestes» et leur culte est érigé en «priorité stratégique de l'État», selon des médias locaux. La famille Berdymoukhamedov, qui dirige le pays depuis une vingtaine d'années, utilise l'image de ces équidés pour renforcer le sentiment patriotique et tenter d'améliorer la réputation de ce pays souvent décrit comme l'un des plus fermés au monde.
La devise nationale pour l'année 2026, placardée sur tout le territoire, illustre cette emprise : «Le Turkménistan indépendant et neutre, patrie des chevaux ailés déterminés».
Un concours de beauté très officiel
Fin avril, dans la capitale Achkhabad, s'est déroulé le concours annuel du plus bel Akhal-Teké, sous le regard du président Serdar Berdymoukhamedov. L'étalon Hankerven, à la robe couleur sable, paré de bijoux dorés et d'un tapis aux motifs traditionnels, a remporté la compétition. Son propriétaire a reçu un véhicule Toyota blanc et s'est empressé de remercier le chef de l'État.
«Il n'y a pas de concours de beauté pour les femmes au Turkménistan, mais il y en a pour les chevaux», a glissé Achir, éleveur de 70 ans, qui a requis l'anonymat, la communication avec les médias étrangers sans autorisation étant déconseillée. Dans son haras près d'Achkhabad, il explique que son pays est reconnaissable grâce à ses tapis et ses chevaux : «C'est pourquoi notre drapeau est orné de motifs de tapis et que nos armoiries représentent l'Akhal-Teké».
Diplomatie et symboles
Les autorités multiplient les monuments dédiés à l'animal. Le dernier en date a été inauguré au printemps devant un centre équestre de la capitale. En 2023, l'ex-président Gourbangouly Berdymoukhamedov, père de l'actuel dirigeant et toujours détenteur d'une immense influence, avait fait ériger une statue dorée de 43 mètres le représentant sur son cheval favori, dans une posture évoquant le célèbre tableau de Napoléon Bonaparte par Jacques-Louis David.
Le pouvoir utilise également ces chevaux comme outil diplomatique. Des spécimens de la race sont offerts à des dignitaires étrangers, et leur élevage a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en 2023.
Une race sauvée de l'extinction
Sous l'ère soviétique, l'Akhal-Teké était «au bord de l'extinction», selon un employé de l'Organisation étatique des chevaux turkmènes, qui s'est exprimé sous couvert d'anonymat. Les Berdymoukhamedov ont «accru leur intérêt» pour cette race après leur arrivée au pouvoir.
L'ex-président, qui se présente volontiers comme un cavalier accompli, a écrit de nombreux livres louant ces équidés et a même composé un rap dédié à un poulain. Il s'est aussi distingué par des records : la plus grande tête d'Akhal-Teké au monde a été construite sur l'hippodrome d'Achkhabad, et son cheval personnel a été inscrit au Guinness des records pour avoir parcouru 10 mètres en 4,19 secondes en se cabrant.
Un lien avec un passé lointain
Selon la légende rapportée par les autorités, l'Akhal-Teké a gagné son surnom de «cheval céleste» après avoir battu un faucon lors d'une course. Le récit officiel relie la présence de cette race à celle des tribus turkmènes sur ces terres, avant la conquête russe au XIXe siècle. Le pouvoir présente ainsi l'animal comme le «fidèle compagnon du peuple turkmène» et la «personnification du développement rapide de la Patrie», selon les mots de Gourbangouly Berdymoukhamedov.