Un sanctuaire menacé

Le parc national des Virunga, en République démocratique du Congo, vit l’une des périodes les plus critiques de son histoire. Ce territoire d’environ 2 millions d’acres (plus de 800 000 hectares) abrite un tiers de la population mondiale de gorilles de montagne. Alors que l’épidémie d’Ebola connaît une recrudescence dans la région, les autorités du parc tentent de protéger à la fois les visiteurs, les communautés locales et les primates, particulièrement vulnérables au virus.

Selon Emmanuel de Merode, directeur du parc, les équipes sont confrontées à une conjonction de crises. “La situation que nous traversons aujourd’hui est certainement la pire que nous ayons connue depuis trente ans”, a-t-il déclaré. Il pointe trois facteurs aggravants : l’absence de vaccin efficace contre la souche actuellement en circulation, la chute drastique de l’aide internationale et une recrudescence des violences armées.

Des gardes en première ligne

Les gardes forestiers, plus de 800 agents, sont déployés sur les postes de dépistage installés aux entrées du parc. Leur mission est de contrôler les visiteurs et les employés afin de détecter tout symptôme d’Ebola, et d’empêcher la transmission du virus aux gorilles. Ces animaux sont particulièrement sensibles aux maladies humaines, et une contamination pourrait décimer une population déjà menacée.

Le directeur souligne que les ressources disponibles sont bien en deçà des besoins. “Nous opérons avec des moyens très limités, alors que la demande sécuritaire et sanitaire explose”, a-t-il expliqué. Les gardes doivent également faire face à une violence accrue de la part de groupes rebelles actifs dans la zone, ce qui complique leurs déplacements et leur approvisionnement.

Un précédent inquiétant

La région n’en est pas à sa première épidémie d’Ebola. Entre 2018 et 2020, une flambée avait déjà touché l’est du pays, faisant plus de 2 200 morts. Les leçons de cette crise avaient permis de renforcer les protocoles de surveillance, mais la situation actuelle diffère par l’absence de vaccin adapté. “Cette fois, nous n’avons pas cette arme”, a regretté Emmanuel de Merode.

Par ailleurs, l’insécurité chronique limite l’accès des équipes médicales et humanitaires aux zones touchées. Les gardes forestiers, déjà formés à la lutte contre le braconnage, se retrouvent à jouer un rôle de premiers répondants sanitaires dans un environnement extrêmement instable.

Protéger les gorilles, un impératif écologique

Le parc des Virunga est l’un des derniers refuges des gorilles de montagne, une espèce classée en danger. Les efforts de conservation menés ces dernières décennies avaient permis une lente remontée des effectifs. Une épidémie d’Ebola parmi ces primates anéantirait des années de travail.

Les équipes du parc ont donc renforcé les mesures de biosécurité : désinfection des chaussures et du matériel des visiteurs, limitation des contacts, et séparation des zones d’observation. “Nous devons tout faire pour éviter que le virus ne franchisse la barrière des espèces”, insiste le directeur.

Un appel à la solidarité internationale

Face à l’ampleur des défis, Emmanuel de Merode lance un appel aux partenaires étrangers. “Sans un soutien renforcé, nous risquons de perdre à la fois des vies humaines et un patrimoine naturel unique”, a-t-il averti. La baisse de l’aide internationale, conséquence de la réorientation des priorités des grandes puissances, fragilise davantage un parc déjà éprouvé.

Pour l’heure, les gardes continuent leurs patrouilles et leurs contrôles, malgré les risques. Le parc reste ouvert, mais toutes les précautions sont prises pour éviter que l’épidémie ne se propage au sein de la faune. L’avenir des gorilles de montagne, et plus largement de l’écosystème des Virunga, dépend en grande partie de la capacité des autorités congolaises et de la communauté internationale à contenir la double menace sanitaire et sécuritaire.