Londres – Les documents officiels relatifs à la nomination de Peter Mandelson au poste d’ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis ne mentionnent aucune disposition concrète visant à gérer les risques sécuritaires liés à ses relations avec des personnalités de pays étrangers, selon des informations recueillies auprès de multiples sources.
Ce constat contredit les assurances fournies par de hauts responsables du ministère des Affaires étrangères devant la commission parlementaire des affaires étrangères. Le gouvernement s’apprête à publier plus de mille pages de documents en lien avec cette nomination, qui figure parmi les décisions les plus marquantes du mandat du Premier ministre Keir Starmer.
Absence de procédures d’atténuation
Les sources ayant eu connaissance du dossier ou ayant été informées de son contenu indiquent qu’aucune mesure dite de « mitigation » n’a été consignée. L’ancien chef du MI6, Richard Dearlove, a qualifié de « totalement impossible » la mise en place de garde-fous pour gérer les associations de Peter Mandelson. « Je ne vois pas comment des mesures d’atténuation auraient pu fonctionner », a-t-il déclaré.
Le processus d’habilitation de sécurité, mené par l’agence United Kingdom Security Vetting (UKSV), avait recommandé au début de l’année 2025 que Mandelson se voie refuser le niveau « developed vetting », le plus élevé. Cette recommandation était motivée par plusieurs sujets de préoccupation, notamment ses liens avec le ministre chinois des Finances, Lan Fo’an, l’oligarque russe sous sanctions Oleg Deripaska, et l’ancien général du renseignement militaire israélien Tamir Hayman. L’agence avait également signalé une relation particulièrement étroite de Mandelson avec l’une de ces figures, de même qu’un prêt d’un million de livres sterling.
Décision contestée
Malgré cet avis défavorable, l’ancien secrétaire permanent du Foreign Office, Olly Robbins, a accordé l’habilitation en estimant que des « actions de gestion » permettraient de réduire les risques. Or, les documents désormais rassemblés ne contiennent aucun détail sur de telles actions. Peter Mandelson n’aurait pas non plus été invité à prendre lui-même des initiatives pour dissiper les inquiétudes.
La publication de ces archives, prévue pour le lundi suivant, devrait éclairer les zones d’ombre entourant cette procédure. La commission des affaires étrangères avait interrogé les responsables de Whitehall sur les garanties apportées, mais les informations rendues publiques jettent un doute sérieux sur la réalité des mesures de protection mises en œuvre.
Interrogations sur le processus
Ces révélations relancent les questions sur la manière dont le gouvernement a géré la nomination d’un ancien ministre et commissaire européen à un poste diplomatique de premier plan. Les préoccupations des services de sécurité, bien que documentées, n’auraient pas conduit à un encadrement formel des activités de l’ambassadeur. Aucun plan de gestion des contacts avec les personnalités identifiées n’aurait été formalisé.
L’affaire met en lumière les tensions entre la nécessaire confiance accordée à un haut diplomate et les exigences des procédures de sécurité nationale. La publication des documents permettra d’établir si l’absence de mesures écrites résulte d’une négligence administrative ou d’une évaluation politique assumée.