Dans une tribune retentissante, la chercheuse en sciences du numérique Aurélie Jean dénonce un manque de reconnaissance de la part d’OpenAI à l’égard de la communauté mathématique. Elle affirme que la société à l’origine de ChatGPT «s’appuie sur le travail de nombreux mathématiciens qu’elle ne mentionne pas». Cette prise de position s’inscrit dans un mouvement plus large de mathématiciens qui lancent un appel pour reprendre le contrôle de l’intelligence artificielle.

Un appel pour la souveraineté mathématique

Un collectif de mathématiciens a publié un texte dans lequel il exhorte les scientifiques et les pouvoirs publics à ne pas laisser les géants de la tech dicter seuls l’avenir de l’IA. L’appel, relayé par plusieurs institutions, souligne que les fondements des modèles d’IA, des algorithmes d’apprentissage automatique aux réseaux de neurones, reposent sur des décennies de recherches en mathématiques. Les signataires estiment que ces contributions sont trop souvent passées sous silence.

OpenAI dans le viseur

Aurélie Jean, spécialiste reconnue en modélisation algorithmique, explique que des concepts mathématiques fondamentaux – comme le calcul tensoriel, les probabilités bayésiennes ou l’optimisation convexe – sont au cœur des systèmes d’OpenAI. «C’est un héritage collectif, fruit de travaux académiques souvent anonymes, que l’entreprise utilise sans citer ses sources», déclare-t-elle. Elle appelle à une meilleure transparence et à une reconnaissance éthique des savoirs antérieurs.

Un enjeu de recherche et de société

Au-delà de la simple attribution, les mathématiciens pointent un risque de dépossession intellectuelle. Plusieurs d’entre eux estiment que la privatisation de la recherche en IA, notamment via des brevets et des secrets commerciaux, limite l’accès aux innovations et freine la science ouverte. L’appel publié propose la création d’un observatoire indépendant chargé de veiller à ce que les fondements mathématiques de l’IA soient correctement documentés et attribués.

Des réactions attendues

OpenAI n’a pas encore répondu officiellement aux critiques formulées par Aurélie Jean et par le collectif de mathématiciens. La question de la propriété intellectuelle et de la reconnaissance des travaux antérieurs est devenue centrale dans le débat sur l’éthique de l’intelligence artificielle. Certains observateurs estiment que cette tribune pourrait relancer les discussions sur la régulation des modèles d’IA générative.

Vers une prise de conscience

Pour Aurélie Jean, la solution passe par un dialogue renforcé entre les mathématiciens et les entreprises technologiques. «Il ne s’agit pas de bloquer l’innovation, mais de construire une IA qui respecte ses racines scientifiques», conclut-elle. Le mouvement, qui semble gagner en ampleur, pourrait conduire à de nouvelles initiatives de la part des sociétés savantes et des instances de recherche publique.