L'Australie et le Vanuatu ont mis fin à plusieurs mois de blocage en paraphant, lundi 29 juin, un accord économique et sécuritaire majeur. Baptisé « Nakamal Agreement », ce texte réaffirme la position de l'Australie comme partenaire privilégié de l'archipel mélanésien en matière de sécurité et de police, tout en excluant explicitement toute implantation militaire étrangère sur le sol vanuatais.

La signature, qui s'est déroulée à Canberra en présence des deux chefs de gouvernement, Anthony Albanese et Jotham Napat, intervient après un délai de près d'un an. L'accord devait initialement être conclu en septembre 2025, mais Port-Vila avait suspendu le processus en raison de craintes que certaines clauses ne limitent sa capacité à obtenir des financements pour ses infrastructures en provenance d'autres pays, dont la Chine.

Un verrou stratégique contre les bases étrangères

Le texte signé stipule qu'« aucune base militaire étrangère ne sera établie » sur le territoire vanuatais. Le Premier ministre australien Anthony Albanese a déclaré aux journalistes que cet accord « apporte la certitude à l'Australie qu'il n'y aura pas de base militaire étrangère » au Vanuatu. Il a précisé que l'accord « cristallise la décision souveraine du Vanuatu de ne pas permettre que son territoire soit utilisé pour une base ou une infrastructure militaire étrangère » et que « les infrastructures critiques du Vanuatu restent exemptes de militarisation ».

Son homologue vanuatais, Jotham Napat, a confirmé cette position en rappelant que son Parlement avait déjà adopté une loi interdisant toute militarisation des infrastructures critiques du pays.

Un partenaire économique renforcé

Au-delà de la dimension sécuritaire, le Nakamal Agreement prévoit un engagement accru de l'Australie en faveur du développement économique du Vanuatu. Les modalités précises de cette aide n'ont pas été détaillées, mais Canberra s'engage à fournir un soutien économique renforcé à l'archipel, qui figure parmi les États les plus vulnérables aux catastrophes naturelles et aux chocs économiques.

Contexte géopolitique tendu

Cet accord s'inscrit dans le cadre de la compétition croissante entre la Chine et les alliés des États-Unis pour gagner en influence dans la région Pacifique. L'Australie a multiplié ces dernières années les accords bilatéraux avec les petites nations insulaires du Pacifique, cherchant à contrer l'expansion des intérêts chinois en matière de sécurité et d'infrastructures.

Le Vanuatu, qui entretient des relations diplomatiques avec Pékin depuis 1982, négocie parallèlement un accord économique avec la Chine. La conclusion de ce volet reste en cours, et les observateurs suivent de près l'évolution de ces pourparlers, qui pourraient influencer l'équilibre régional.

Un précédent diplomatique

La signature met fin à une période d'incertitude diplomatique entre les deux pays. Le précédent gouvernement vanuatais avait exprimé des réserves sur l'accord, craignant qu'il ne compromette la marge de manœuvre de Port-Vila dans ses relations avec d'autres partenaires, notamment chinois. La nouvelle administration dirigée par Jotham Napat a choisi de finaliser le texte, tout en maintenant des discussions parallèles avec Pékin.

L'accord a été salué à Canberra comme un succès stratégique, bien que les implications concrètes pour l'équilibre des forces dans la région Pacifique restent à mesurer.