Le drame de la petite Lyhanna, dont le meurtre a choqué l'opinion, a rouvert le sempiternel débat sur les moyens alloués à la justice en France. Gérald Darmanin, ministre en charge du dossier, a évoqué des « défaillances graves » tandis que l'Union syndicale de la magistrature a dénoncé un « déni du gouvernement ». Au cœur des critiques : le manque d'effectifs et de moyens financiers.
Un retard criant dans les effectifs de procureurs
Selon les dernières statistiques européennes disponibles, datant de 2022, la France compte seulement 3,16 procureurs pour 100 000 habitants. Ce chiffre la place au même niveau que l'Irlande, loin derrière la moyenne européenne qui s'élève à 12,2. L'Allemagne, pour sa part, emploie plus du double de magistrats, avec 7,7 procureurs pour 100 000 habitants. Cet écart ne s'explique pas par la seule démographie : entre 2012 et 2022, la population française a crû de 3,8 %, contre 3,5 % pour la population allemande.
Un budget par habitant également en retard
La France consacre en moyenne 77 euros par habitant à la justice, contre 136 euros en Allemagne. Cette différence budgétaire se reflète dans les moyens humains et matériels. Pourtant, le nombre d'affaires traitées par les procureurs français se situe dans la fourchette haute, ce qui alourdit la charge de travail.
Des efforts réels mais insuffisants
Malgré ces constats, des efforts ont été entrepris ces dernières années. Après une stagnation entre 2010 et 2017, le nombre de procureurs a augmenté de 9 % depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée, passant de 1 975 à 2 146 magistrats en 2022. En 2023-2024, 81 postes supplémentaires ont été créés. Le budget de la place Vendôme, épargné par les récentes annulations, doit atteindre 10,7 milliards d'euros en 2026, soit une hausse de 21 % en quatre ans.
Des contraintes qui limitent l'accélération
Cependant, le temps nécessaire à la formation des magistrats et les contraintes budgétaires empêchent l'exécutif d'aller plus vite. Les syndicats estiment que les mesures actuelles ne suffisent pas à combler le retard accumulé. Le débat sur les moyens de la justice, ravivé par l'affaire Lyhanna, risque donc de se poursuivre, alors que les attentes de la société en matière de réponse pénale sont fortes.