Alors que le projet de Système de combat aérien du futur (Scaf) semble définitivement compromis après le retrait de l’Allemagne, la question de l’appareil qui équipera l’armée de l’air française à l’horizon 2040 agite les sphères politique, industrielle et militaire. La ministre du Travail et de l’Emploi, Catherine Vautrin, a apporté une réponse tranchée sur la capacité industrielle française à relever le défi.
La France, seul pays européen à maîtriser la fabrication d’un avion de chasse
Dans une déclaration relayée ce mardi, Catherine Vautrin a estimé que « la France a la capacité de se doter d’un nouvel avion de chasse d’ici 2040 », insistant sur le savoir-faire national. « La France est la seule équipe en Europe qui peut produire un avion de chasse », a-t-elle affirmé, soulignant l’existence d’une filière complète, de la conception à la production en série. Cet argument rappelle que Paris dispose encore de l’intégralité des compétences nécessaires pour développer et industrialiser un chasseur de nouvelle génération, contrairement à d’autres nations européennes qui ont dû s’appuyer sur des coopérations ou des achats à l’étranger.
Un nouveau Rafale ou un appareil différent ?
Les spéculations vont bon train sur la forme que pourrait prendre cet avion. Plusieurs options sont sur la table : une version profondément modernisée du Rafale, intégrant des technologies furtives et un nouveau moteur, ou un appareil conçu ex nihilo, éventuellement dans le cadre d’un projet national rebaptisé en interne. Certains évoquent la possibilité d’un « Scaf français », c’est-à-dire un développement purement tricolore reprenant les travaux déjà menés sur la motorisation, les capteurs et l’intelligence embarquée. « Un nouveau Rafale ? Un Scaf français ? Quel sera l’avion qui arrivera en 2040 ? » s’interrogeait un récent dossier, traduisant l’incertitude stratégique qui prévaut.
Le contexte : l’échec du partenariat germano-franco-espagnol
Le projet Scaf, lancé en 2017 par la France et l’Allemagne, visait à développer un successeur aux Rafale et Eurofighter à l’horizon 2040. Mais les divergences industrielles et politiques – notamment sur le partage des charges de travail, la gouvernance du programme et la gestion des technologies sensibles – ont conduit Berlin à se retirer. Airbus Defence and Space, partenaire allemand de Dassault Aviation, a officialisé une nouvelle alliance avec MBDA, baptisée « Team Gen 6 », pour poursuivre ses propres travaux sans la France. De son côté, Paris a rapidement réaffirmé sa détermination à ne pas abandonner la quête d’un avion de sixième génération.
Un calendrier serré mais crédible, selon l’exécutif
Catherine Vautrin a jugé qu’il était « peut-être un peu facile de dire que c’est impossible », en réponse aux critiques sur le délai de quinze ans. Elle a rappelé que le Rafale, dont le premier vol a eu lieu en 1986, était entré en service en 2001 – un cycle de développement comparable. Si la France engageait dès aujourd’hui les travaux préparatoires, la cible de 2040 serait tenable, sous réserve d’un financement adéquat et d’une mobilisation des acteurs industriels. Le gouvernement devra également trancher rapidement sur le périmètre du programme : simple amélioration du Rafale ou rupture technologique complète.
Conséquences industrielles et enjeux de souveraineté
La décision de l’Allemagne de quitter le Scaf a mis en lumière le poids de la souveraineté nationale. Paris, qui contrôle l’intégralité de la chaîne de valeur – du réacteur chez Safran à l’électronique chez Thales en passant par l’intégration chez Dassault – peut théoriquement se passer de partenaires étrangers. Toutefois, le coût d’un tel programme est colossal : plusieurs dizaines de milliards d’euros, que la France devra supporter seule ou avec des alliés plus flexibles, comme l’Italie ou l’Espagne, qui ont déjà marqué leur intérêt pour un projet alternatif.
Quel avenir pour l’Europe du combat aérien ?
L’éclatement du Scaf rebat les cartes de la défense européenne. D’un côté, l’Allemagne et ses partenaires pourraient développer un appareil concurrent, potentiellement moins avancé en matière de furtivité. De l’autre, la France conserve une longueur d’avance technologique, notamment sur les réacteurs, les capteurs et l’intégration systèmes. Le prochain rendez-vous politique – le projet de loi de programmation militaire – permettra de préciser les grandes orientations. En attendant, les industriels tricolores planchent sur des concepts, entre discrétion radar, intelligence artificielle embarquée et armement hypersonique.