Le paysage cinématographique américain connaît une mutation notable avec l'émergence d'une génération de réalisateurs dont le vivier créatif n'est plus le circuit traditionnel hollywoodien, mais bien YouTube. Le film d'horreur psychologique « Backrooms », dont la sortie en salles a eu lieu cette semaine, en est la dernière manifestation éclatante.

Distribué par A24 dans plus de 3 400 salles aux États-Unis et au Canada, « Backrooms » a été réalisé par Kane Parsons, un jeune homme de 20 ans qui signe son premier long-métrage. Ses vidéos sur YouTube cumulent déjà 342 millions de vues. Selon les analyses du box-office, le film devrait engranger au moins 60 millions de dollars de recettes d'ici la fin du week-end. Pour donner une mesure de ce score, il dépasse les prévisions du dernier blockbuster de science-fiction de Steven Spielberg, « Disclosure Day », dont l'ouverture est estimée à 35 millions de dollars pour un budget de production d'environ 115 millions de dollars. À titre de comparaison, « Backrooms » a été produit pour environ 10 millions de dollars et met en vedette des acteurs reconnus comme Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve.

Un phénomène qui s'amplifie

« Backrooms » n'est pas un cas isolé. Il s'inscrit dans une tendance plus large de films à succès réalisés par des cinéastes débutants qui ont forgé leur instinct narratif sur YouTube plutôt que dans l'écosystème hollywoodien. Deux autres créateurs sans expérience préalable à Hollywood, Curry Barker et Mark Fischbach, ont déjà transformé leur notoriété en ligne en surprises commerciales cette année.

Le film « Obsession », réalisé par Curry Barker, 26 ans, connu sur YouTube pour ses vidéos d'humour et d'horreur, a rapporté 74 millions de dollars en Amérique du Nord depuis sa sortie, il y a deux semaines. Ce mélange de comédie, d'horreur et de thriller, qui explore les dangers de la fixation amoureuse, a été produit pour seulement 750 000 dollars et ne compte aucun acteur de premier plan dans sa distribution. Les analystes prévoient qu'il pourrait atteindre les 100 millions de dollars de recettes d'ici la fin de son exploitation.

Une transformation profonde du cinéma

Pour Stephen Galloway, doyen de l'école de cinéma de l'Université Chapman, ce phénomène dépasse le simple coup de chance. Il le qualifie de « début d'un gigantesque changement », parlant de ces créateurs comme des « insurgés cinématographiques de notre époque ». Cette vague, qui comprend aussi le travail de Mark Fischbach, montre que la popularité acquise sur YouTube peut désormais se traduire en succès au box-office, une question qui a longtemps taraudé Hollywood.

Ce mouvement marque une rupture avec les parcours traditionnels. L'essor de ces réalisateurs, dont les premiers travaux ont été vus par des millions d'internautes avant d'être adaptés au grand écran, représente une nouvelle voie d'accès à l'industrie. Le succès de « Backrooms » et d'« Obsession » démontre que les compétences développées en ligne, notamment dans le domaine de l'horreur et de la comédie, peuvent captiver un public bien au-delà des écrans d'ordinateur, dans les salles obscures.