Les gouvernements français et allemand ont trouvé un accord pour renforcer leur partenariat stratégique au sein de KNDS, le constructeur de chars franco-allemand. Berlin a décidé de porter sa participation dans le groupe à 40 %, un niveau désormais équivalent à celui détenu par Paris, et ce avant l’entrée en Bourse de l’entreprise prévue pour le mois de juillet. Cette opération vise à rééquilibrer la répartition du capital et à garantir une gouvernance paritaire entre les deux États.
Selon des sources proches du dossier, la montée de l’Allemagne au capital s’accompagne d’une refonte des instances de direction. Les deux capitales se sont entendues sur une structure de gouvernance qui assure une représentation égale des deux partenaires. Cette décision intervient alors que KNDS se prépare à franchir le pas de la cotation en Bourse, une échéance majeure pour le groupe, qui conçoit et produit notamment le char Leopard 2 et le futur char du programme franco-allemand MGCS (Main Ground Combat System).
Un rééquilibrage entre Paris et Berlin Jusqu’à présent, la France détenait une part majoritaire via l’État et l’actionnariat de l’entreprise française Nexter, tandis que l’Allemagne détenait une part minoritaire via le groupe Krauss-Maffei Wegmann (KMW). La nouvelle donne capitalistique vise à effacer cette asymétrie. En portant sa part à 40 %, Berlin se met sur un pied d’égalité avec Paris, afin que les deux pays pèsent d’un même poids dans les décisions stratégiques du groupe.
Dans le cadre de cet accord, les deux gouvernements ont également modifié les règles de gouvernance. Ils instituent un droit de veto réciproque sur les décisions majeures, ce qui empêche toute prise de décision unilatérale d’un partenaire sans l’accord de l’autre. Cette parité doit sécuriser les investissements et les programmes communs, notamment ceux liés aux blindés de nouvelle génération.
L’entrée en Bourse comme catalyseur L’introduction en Bourse attendue en juillet constitue l’une des principales raisons de cette remise à plat. Pour attirer les investisseurs, KNDS devait présenter une actionnariat stable et équilibré. L’entrée en Bourse permettra de lever des fonds pour financer la montée en cadence de production et la recherche, dans un contexte de forte demande européenne en équipements de défense. Le groupe doit répondre à des commandes importantes, notamment de l’Allemagne avec la modernisation de sa flotte de Leopard 2, et de la France avec le remplacement de ses chars Leclerc.
Cette opération est aussi le signal d’une volonté commune de solidifier l’industrie de défense européenne face aux tensions géopolitiques. Les deux capitales espèrent que cette nouvelle gouvernance paritaire et l’entrée en Bourse permettront à KNDS de gagner en compétitivité et d’exporter davantage.
Un nouveau chapitre pour la coopération franco-allemande L’accord sur KNDS intervient après plusieurs années de discussions parfois houleuses entre Paris et Berlin sur le partage des rôles industriels. Le MGCS, dont le développement a connu des retards, illustrait les difficultés de la coopération. Avec cette parité capitalistique, les deux États espèrent éviter les blocages qui ont pu émailler les programmes communs par le passé.
Les partenaires soulignent que cette nouvelle organisation ne remet pas en cause la répartition des tâches industrielles entre les sites français et allemands. Les activités continueront d’être réparties entre les deux pays selon les compétences de chaque filiale. L’enjeu pour KNDS est désormais de concrétiser l’introduction en Bourse dans les délais annoncés et de convaincre les marchés de la solidité de son modèle.