Les rebelles houthis du Yémen ont officiellement décrété, lundi 20 juillet, un « embargo maritime » visant les navires saoudiens dans le détroit de Bab el-Mandeb, une artère reliant la mer Rouge à l’océan Indien. Cette annonce, immédiatement dénoncée par Riyad, intervient dans un contexte déjà tendu où le détroit d’Ormuz, autre passage névralgique, se trouve de fait bloqué en raison de l’escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran. La concomitance de ces deux menaces suscite des inquiétudes sur une éventuelle asphyxie des flux énergétiques mondiaux.

Une mesure justifiée par le « œil pour œil »

Le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a expliqué sur le réseau social X que cette mesure se fonde sur le principe de réciprocité, avec effet immédiat. Il a déclaré que le blocus répond au « siège injuste » imposé par l’Arabie saoudite aux ports et aéroports tenus par les rebelles au Yémen, un conflit qui dure depuis près de douze ans. « Nous affirmons le droit de notre peuple de répondre au blocus par un blocus », a-t-il ajouté, en précisant que la décision reflète une logique de représailles.

La réaction saoudienne et les enjeux mondiaux

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a immédiatement exprimé sa « plus ferme condamnation » face à cette annonce. Riyad redoute que l’application effective de cet embargo, même pour une durée limitée, n’ait des répercussions économiques désastreuses. L’Arabie saoudite est en effet le premier exportateur mondial de pétrole brut, et le détroit de Bab el-Mandeb constitue une route cruciale pour l’acheminement du brut vers les marchés asiatiques via le canal de Suez.

Un double blocage aux conséquences exponentielles

Andreas Krieg, expert en sécurité au King’s College de Londres, souligne qu’un blocage simultané d’Ormuz et de Bab el-Mandeb « reviendrait à imposer un véritable siège stratégique au Golfe persique ». Ormuz est la principale porte de sortie pour le pétrole et le gaz naturel liquéfié (GNL) des pays du Golfe, tandis que Bab el-Mandeb relie ces flux à la mer Rouge et au canal de Suez. Une paralysie des deux passages pourrait entraîner une flambée des prix de l’énergie et perturber l’approvisionnement mondial.

Des précédents préoccupants

Les Houthis ont déjà démontré leur capacité à perturber le trafic maritime régional. En octobre 2023, leurs attaques dans le détroit de Bab el-Mandeb avaient considérablement réduit le transit en mer Rouge et dans le canal de Suez. La nouvelle menace intervient alors que les tensions entre Téhéran, qui soutient les rebelles yéménites, et les forces américaines et israéliennes ont ravivé les craintes d’une escalade généralisée au Moyen-Orient.

Des impacts économiques et sécuritaires à surveiller

Au-delà des déclarations, les experts observent avec attention la capacité des Houthis à imposer un blocus effectif dans une zone déjà fragile. Si l’Arabie saoudite dispose d’une marine puissante, la multiplication des foyers de tension dans la région pourrait compliquer toute riposte. La communauté internationale, déjà préoccupée par la guerre en Iran, suit de près l’évolution de cette situation, qui menace de transformer Bab el-Mandeb en un nouveau théâtre de confrontation aux conséquences mondiales.