Le Festival d’Avignon accueille cette année le chorégraphe Boris Charmatz avec une création solo intitulée « Muette ». Présentée à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, la pièce plonge le spectateur dans une expérience où la parole est absente, remplacée par une tension corporelle qui cherche à traduire les émotions les plus douloureuses.

Pour cet artiste qui a souvent repoussé les frontières de la danse, ce deuxième seul en scène se déroule dans un silence presque total. L'interprète apparaît avec une bulle de salive aux lèvres, signe visible d'une parole retenue. Ce dispositif scénique minimaliste place le public face à un corps qui tente de communiquer là où les mots font défaut.

Un processus créatif centré sur la rétention des mots

Interrogé sur sa démarche, Boris Charmatz explique que « les mots restent bloqués, c’est ça qui suscite la chorégraphie et le mouvement ». Cette idée d'un langage empêché devient le moteur de la danse. Dans « Muette », le silence n'est pas un vide mais une matière à travailler, une tension que le chorégraphe exploite pour faire émerger des gestes d'une grande intensité.

Le chorégraphe avait déjà présenté ce solo à Vienne avant de le donner à Avignon. Il souligne l'importance cruciale du public dans ce type de performance en solitaire : « En solo, le public est de toute première importance car c’est lui qui devient mon unique partenaire », confie-t-il. Cette relation directe, sans médiation, confère à la pièce une dimension d'intimité et de vulnérabilité.

Une mise à nu du corps et des émotions

La critique a relevé le caractère « mutique et suffocant » de la représentation. Loin de se limiter à une simple absence de paroles, le chorégraphe utilise tout son corps pour tenter de transmettre des émotions que les mots ne sauraient porter. Le mouvement devient alors le seul vecteur possible d'un message indicible.

Certains observateurs notent que le spectacle, bien que puissant, laisse parfois deviner un peu trop vite les émotions sous-jacentes. Mais cette lecture apparente ne diminue en rien la force de l'interprétation, qui parvient à maintenir une tension tout au long de la pièce.

Une exploration des limites de l'expression

Avec « Muette », Boris Charmatz poursuit son exploration des états limites de la danse et de la performance. Après un premier solo marquant, il récidive avec une œuvre qui pousse plus loin encore la question du silence et de l'expression corporelle. Le chorégraphe, connu pour sa capacité à mêler danse, théâtre et arts plastiques, offre ici une expérience radicale où le public est invité à lire les émotions dans les moindres inflexions musculaires.

Le Festival d'Avignon, qui se déroule jusqu'à la fin du mois de juillet, propose ainsi une rencontre singulière avec un artiste qui n'a cessé de questionner les frontières de son art. Cette pièce, programmée dans le cadre prestigieux de la Chartreuse, participe à la riche programmation de cette édition.