Des perturbations GPS massives et régulières

Depuis 2019, des récepteurs GPS répartis sur l’ensemble de l’Europe enregistrent des interruptions de signal courtes mais synchronisées. Soixante-quinze de ces phénomènes ont été répertoriés, chacun durant entre trois et cinq secondes. Leur simultanéité à l’échelle continentale exclut des causes locales et suggère une origine située à très haute altitude, selon les travaux de chercheurs.

L’enquête pointe le satellite Cosmos 2546

Todd Humphreys, professeur à l’Université du Texas à Austin spécialisé dans les systèmes de navigation, et son étudiant Zach Clements ont mené une analyse détaillée. Après avoir écarté l’hypothèse d’un brouilleur terrestre ou d’un dispositif embarqué à bord d’un aéronef, ils ont conclu que la source doit se trouver à plus de 1 200 kilomètres d’altitude. Les interférences solaires ont également été exclues, car les chutes de signal surviennent en semaine, pendant les heures de travail, et non de façon aléatoire.

Les deux chercheurs attribuent ces perturbations au satellite russe Cosmos 2546, lancé le 22 mai 2020. Ce dernier appartient à une constellation d’alerte antimissile de la Russie. Bien que les premières coupures aient été observées avant son lancement, l’appartenance à cette famille de satellites pourrait expliquer une activité antérieure. Selon Todd Humphreys, ces épisodes ressemblent à « un test périodique d’une capacité qui serait très destructrice si elle venait à être déployée dans un but malveillant ».

Une seconde théorie : des messages cryptés

La société GMV, qui a mené sa propre analyse indépendante des mêmes phénomènes, avance une interprétation différente. Richard Bowden, directeur de la division systèmes GPS sécurisés et haute précision chez GMV, juge improbable que quiconque teste « continuellement quelque chose » de façon aussi répétée. Il propose qu’il pourrait « en réalité s’agir de messages de communication très courts, très brefs et très spécifiques provenant de ces satellites ».

Selon cette hypothèse, ces signaux seraient des transmissions cryptées ultra-brèves, émises sur les fréquences GPS pour dissuader d’éventuels adversaires de brouiller ces bandes : toute tentative de perturbation risquerait de paralyser leurs propres systèmes de navigation.

Des implications pour la sûreté européenne

Quelle que soit l’explication retenue, la capacité suspectée d’influencer le signal GPS à l’échelle d’un continent suscite l’inquiétude. Le professeur Humphreys estime ne plus pouvoir « affirmer avec certitude qu’il s’agit d’un accident ». Les observateurs y voient un possible test des capacités de nuisance de Moscou, tandis que les autorités européennes n’ont pas encore commenté officiellement ces révélations.