Une nouvelle polémique secoue le monde judiciaire après la participation d'un haut responsable du Syndicat de la magistrature à une réunion publique convoquée par des élus de La France insoumise (LFI). Le président des Républicains, Bruno Retailleau, a dénoncé ce qu'il qualifie de «collusion avec l'extrême gauche» et exigé une refonte des règles régissant l'action syndicale des magistrats.
Le 16 juillet, plusieurs députés de gauche, des avocats, des militants des droits humains et des représentants d'organisations de magistrats se sont rassemblés pour exprimer leur opposition à une proposition de loi instaurant une présomption de légitime défense au profit des forces de l'ordre dans le cadre de leurs missions. Parmi les intervenants figurait Stéphane Fischesser, secrétaire national du Syndicat de la magistrature. «Nous sommes légitimement inquiets des retombées (…). Nous nous joignons évidemment à l'appel à la manifestation», a-t-il déclaré, en référence à une mobilisation nationale programmée le 19 septembre prochain.
«Cette collusion avec l'extrême gauche doit cesser»
Le lendemain, Bruno Retailleau a réagi sur le réseau social X. «Le Syndicat de la magistrature, principal syndicat des magistrats, qui participe à une conférence de presse organisée par LFI et qui appelle à manifester contre une loi votée démocratiquement. Cette collusion avec l'extrême gauche doit cesser», a-t-il écrit. Il a ajouté : «Il faut profondément réformer l'exercice syndical des magistrats.»
Cette sortie intervient alors que le Syndicat de la magistrature s'était déjà prononcé contre le texte en amont. Le 10 juillet, l'organisation avait diffusé un communiqué dans lequel elle estimait que la proposition «opère un renversement de la charge de la preuve, et pose le principe selon lequel un·e policier·ère national·e ou un·e gendarme qui a fait usage de son arme l'a fait légitimement, jusqu'à preuve du contraire». Le syndicat appelait alors à signer une pétition pour alerter sur les «risques mortifères» d'une telle réforme.
Un texte adopté à l'Assemblée nationale
La proposition de loi sur la présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre a été approuvée par l'Assemblée nationale le 7 juillet. Elle suscite de vives réactions dans les rangs de la gauche et des organisations de défense des libertés, qui y voient un affaiblissement du contrôle judiciaire sur les usages d'armes à feu par les policiers et gendarmes.
La demande de Bruno Retailleau de réformer le droit syndical des magistrats relance le débat sur l'indépendance de la justice et les limites de l'engagement politique des juges. Le Syndicat de la magistrature, traditionnellement classé à gauche, avait déjà été critiqué par le passé pour ses prises de position.
Interrogé sur ces accusations, Stéphane Fischesser n'a pas répondu directement. La conférence de presse du 16 juillet visait à lancer un appel à manifester le 19 septembre, date de la grande mobilisation nationale contre la loi. Les syndicats de police, de leur côté, défendent le texte comme une protection nécessaire pour les agents en intervention.