Les arbitrages budgétaires pour l’année 2026, destinés à réduire le déficit public, ne touchent pas également tous les foyers. Une analyse de l’Institut des politiques publiques (IPP), publiée lundi, établit que les familles nombreuses — en particulier celles comptant trois enfants ou plus — enregistrent le recul le plus marqué de leur niveau de vie. Ces ménages, qui représentent environ 14 % de la population française, sont les premiers affectés par les mesures sociales et fiscales contenues dans la loi de finances.
Cinq mesures passées au crible
L’étude de l’IPP se concentre sur cinq dispositifs emblématiques du budget 2026. Il s’agit de la hausse de la prime d’activité, du décalage de l’âge de majoration des allocations familiales, de l’augmentation de la CSG sur les revenus du capital, de la reconduction de la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), qui fonctionne comme un impôt minimal de 20 %, et du relèvement du plafond de la réduction d’impôt pour les dons à certaines associations (dite niche « Coluche »).
Si les entreprises sont également mises à contribution — notamment via le maintien de la surtaxe sur les bénéfices des grandes sociétés —, ce sont les ménages qui apparaissent comme les plus exposés du côté des particuliers. L’étude chiffre l’impact différencié de ces mesures en fonction de la composition familiale.
Un effet cumulatif défavorable aux foyers nombreux
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les familles de trois enfants ou plus sont les plus lourdement pénalisées. Le décalage de l’âge à partir duquel les allocations familiales sont majorées réduit le montant des aides perçues par les foyers les plus fournis. Par ailleurs, la hausse de la prime d’activité, bien qu’elle bénéficie à certains ménages modestes, ne compense que partiellement les pertes subies par les familles nombreuses, dont les besoins sont plus élevés.
La CDHR, qui vise les très hauts revenus, peut également concerner des foyers aisés comptant plusieurs enfants, mais l’étude précise que l’effet négatif global est surtout concentré sur les classes moyennes et modestes avec enfants. Les simulations de l’IPP montrent que la perte de pouvoir d’achat relative est maximale pour les ménages de trois enfants ou plus, quelle que soit leur tranche de revenus dans le bas de l’échelle.
Un débat sur les choix budgétaires
Cette analyse intervient alors que le gouvernement cherche à réaliser des économies substantielles pour ramener le déficit public sous les 3 % du PIB. Les associations familiales avaient déjà alerté sur les conséquences des mesures envisagées, mais l’étude de l’IPP apporte une quantification précise de l’impact.
Les données de l’institut indiquent que le solde entre les gains (notamment via la prime d’activité revalorisée) et les pertes (baisse des allocations, hausse de la CSG) est systématiquement plus défavorable pour les familles nombreuses. Ce constat alimente la réflexion sur l’équité des choix budgétaires et sur la soutenabilité de la politique familiale dans un contexte de rigueur.
Des implications pour l’avenir
L’étude de l’IPP ne se prononce pas sur l’opportunité politique des mesures, mais elle fournit aux décideurs et au public une base factuelle pour évaluer les conséquences distributives du budget 2026. Les familles nombreuses, qui constituent une part non négligeable de la population, pourraient voir leur situation relative se dégrader davantage si d’autres réformes venaient s’ajouter dans les prochains exercices budgétaires.
La publication de ces résultats relance le débat sur la priorité accordée à la réduction des déficits par rapport au maintien du pouvoir d’achat des ménages avec enfants. Les prochains mois pourraient voir émerger des propositions visant à rééquilibrer l’effort entre les différentes catégories de contribuables.