Les dirigeants des Vingt-Sept ont franchi une première étape dans la négociation du budget pluriannuel de l'Union européenne pour la période 2028-2034, en validant l'architecture proposée par la Commission européenne. Ce nouveau format, qui repose sur trois piliers, vise à concilier le maintien des politiques traditionnelles – Politique agricole commune et fonds de cohésion – avec des investissements massifs dans les domaines de la défense, de la sécurité, de l'intelligence artificielle et des semi-conducteurs. Un calendrier serré a été fixé : un accord global d'ici la fin de l'année, afin que les premiers décaissements puissent intervenir dès le 1ᵉʳ janvier 2028.

Un accord sur la structure, des désaccords sur les volumes

Lors du sommet qui s'est tenu à quelques jours de la fin de la présidence chypriote de l'Union, les chefs d'État et de gouvernement ont entériné le schéma général présenté par l'exécutif bruxellois. Celui-ci prévoit une plus grande flexibilité pour faire face à d'éventuelles crises et dégager des fonds conséquents pour les innovations de rupture. Les diplomates ont salué ce consensus sur la forme comme un premier succès, dans un dossier traditionnellement sensible. Toutefois, aucun chiffrage définitif n'a été arrêté : la proposition initiale de la Commission, d'un montant voisin de 1 800 milliards d'euros, n'a subi qu'une coupe modeste de 2 % sous l'égide de la présidence chypriote, ce qui est jugé très insuffisant par plusieurs États membres.

Le front des « frugaux » se prépare à durcir le ton

L'Allemagne et les Pays-Bas, rejoints par d'autres capitales dites « frugales », estiment que la priorité doit être donnée au pilier consacré à la compétitivité, au détriment des enveloppes agricoles et de cohésion. Ces pays, qui récusent le terme de « frugaux » pour lui préférer celui de « modernisateurs », entendent peser de tout leur poids dans les discussions à venir. Ils rejettent catégoriquement l'idée d'un nouvel endettement commun pour financer ces dépenses. Leur opposition annonce des tractations ardues sur la répartition des crédits entre les trois piliers.

La création de nouvelles ressources propres au cœur du compromis

Pour financer à la fois les politiques historiques et les nouvelles priorités sans accroître la pression sur les budgets nationaux, les Vingt-Sept se sont accordés sur le principe de créer de nouvelles « ressources propres ». Le Parlement européen a suggéré d'étudier des prélèvements sur les services numériques, les jeux d'argent en ligne et les cryptoactifs. Ces pistes, bien que retenues pour examen, suscitent des réserves : une taxation du numérique pourrait, selon certains, mécontenter Washington. Les chefs d'État ont inscrit dans les conclusions du sommet leur volonté de parvenir à un accord global avant la fin de l'année. « Trouver un accord d'ici la fin de l'année est la condition essentielle pour que les fonds européens puissent être déboursés dès le 1ᵉʳ janvier 2028 », a déclaré le président du Conseil européen, Antonio Costa, à l'issue de la réunion.

Une présidence irlandaise sous pression

La présidence irlandaise de l'Union, qui prendra ses fonctions le 1ᵉʳ juillet, a été chargée de présenter une nouvelle « negobox » – c'est-à-dire une proposition chiffrée de compromis – d'ici au sommet d'octobre. Ce document sera crucial pour tenter de rapprocher les positions. La tâche s'annonce délicate car, au-delà des volumes, il faudra aussi s'entendre sur la combinaison des nouvelles taxes, de manière à ne pas pénaliser excessivement certains États membres par rapport à d'autres. Une fois le paquet financier adopté, plusieurs mois seront encore nécessaires pour finaliser les instruments juridiques. Les prochains mois promettent donc des négociations intenses, où chaque État tentera de préserver ses intérêts tout en évitant une paralysie budgétaire qui compromettrait les ambitions de l'Union.