Après plus de trois mois et demi de guerre israélo-américaine contre l'Iran, le régime de Téhéran apparaît profondément transformé. Si la République islamique n'a pas été renversée, les frappes ont décapité une partie de sa direction, accéléré la militarisation du pouvoir et favorisé l'émergence d'une nouvelle génération de figures issues des forces armées et de technocrates nationalistes.

Un pouvoir décapité et recentré sur l'armée

Le tournant majeur du conflit a été l'élimination, dès le premier jour des hostilités, le 28 février 2026, de l'ayatollah Ali Khamenei ainsi que de plusieurs hauts dirigeants religieux et militaires. La « stratégie de décapitation » attendue par les États-Unis n'a pourtant pas provoqué l'effondrement du régime. Au contraire, elle a conduit à une profonde restructuration des centres de pouvoir.

Le système est désormais dominé par les Gardiens de la révolution. Le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, fils du précédent, apparaît affaibli en raison de blessures — une faiblesse qui pourrait évoluer avec le temps. « Les frappes américaines et israéliennes ont bénéficié aux factions sécuritaires les plus dures et leur ont facilité la prise de pouvoir », analyse Azadeh Zamirirad, chercheuse au German Institute for International and Security Affairs (SWP). « C'est toujours une république islamique, mais beaucoup plus militarisée. »

Le pouvoir est désormais plus déconcentré, formant « une collection de centres de pouvoirs » — entre le guide suprême, les Gardiens de la révolution et d'autres forces — ce qui a un impact direct sur le fonctionnement des institutions.

Un nationalisme renforcé, pas de soulèvement populaire

Contrairement aux espoirs américains, aucune révolte populaire généralisée n'a éclaté. Les attaques de l'armada israélo-américaine ont au contraire stimulé le sentiment national iranien, malgré la dureté du pouvoir et les difficultés économiques. Le paysage politique s'est recomposé autour d'un nationalisme plus marqué et d'une idéologie religieuse plus en retrait.

Le soulèvement espéré n'a pas eu lieu, et le régime a prouvé sa résilience ainsi que sa capacité de nuisance, notamment par le blocage du détroit d'Ormuz.

Des infrastructures lourdement touchées

Les infrastructures militaires, industrielles et civiles ont subi des dégâts considérables. Un cycle de destructions avait déjà été entamé en juin 2025 avec une campagne contre les installations nucléaires iraniennes. L'an passé, une proportion importante des capacités nucléaires a été perdue : une partie des centrifugeuses a été détruite, même si l'état exact du stock d'uranium enrichi — dont 400 kilogrammes d'uranium enrichi jusqu'à 60 % — reste inconnu, car il a pu être déplacé.

« Les actions israéliennes et américaines ont permis de ralentir l'avancée technique du programme nucléaire iranien tout en affaiblissant certaines composantes clés, mais une reconstruction demeure possible », soulignait la chercheuse de l'Ifri Héloïse Fayet.

De février à avril 2026, les bombardements ont davantage ciblé l'arsenal militaire, en particulier les lanceurs, les stocks et les sites de production de missiles. Fin mai, les observateurs ont constaté que des arsenaux enterrés, devenus inaccessibles après les bombardements des routes, avaient été dégagés. Si la production de missiles a été interrompue, « rien n'empêche les lanceurs d'être armés avec le vaste stock de missiles dont disposent encore les Iraniens », rapportait Sam Lair, chercheur au James Martin Center for Nonproliferation Studies.

Une économie exsangue et une société sous pression

L'inflation et le chômage ont grimpé en flèche, alourdissant le quotidien des Iraniens. La rupture de l'accès à Internet a accentué l'isolement de la population. Le stade d'Azadi, à Téhéran, a été touché par des frappes le 13 mai 2026, symbole des dégâts infligés aux infrastructures civiles.

Un accord-cadre en vue

Ces transformations interviennent alors que Téhéran et Washington s'apprêtent à signer un accord-cadre en Suisse, mettant fin à près de cinquante ans de statu quo marqué par le « ni paix ni guerre ». Ce texte ouvre un nouveau chapitre pour la République islamique, désormais dirigée par une coalition de militaires et de technocrates nationalistes, dans un équilibre interne radicalement différent de celui d'avant-guerre.