La proposition de loi « visant à réduire les risques sanitaires liés aux contaminations au cadmium dans l’alimentation » sera débattue en séance publique à l’Assemblée nationale à partir de ce mardi 2 juin. Porté par les députés Benoît Biteau (groupe Les Écologistes) et Clémentine Autain (L’Après), ce texte fait suite à une alerte des Unions régionales des professionnels de santé – Médecins Libéraux (URPS), qui ont adressé une lettre aux pouvoirs publics il y a un an.
Un métal lourd aux effets dévastateurs Le cadmium, reconnu comme cancérogène certain pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) dès 1993, est aujourd’hui mis en cause dans l’augmentation des cancers du pancréas. Il s’accumule dans l’organisme tout au long de la vie, principalement par l’alimentation. Les principales sources d’exposition sont les céréales, les légumes racines, les fruits de mer et les abats. Les sols contaminés par des épandages de boues d’épuration ou d’engrais phosphatés constituent un vecteur majeur de cette contamination.
Les mesures concrètes du texte La proposition de loi prévoit plusieurs dispositions pour endiguer le phénomène. Elle vise d’abord à abaisser les seuils réglementaires de cadmium autorisés dans les denrées alimentaires, en se fondant sur les recommandations de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle interdit également l’épandage de boues d’épuration et de fertilisants contenant des taux élevés de ce métal sur les terres agricoles. Un étiquetage obligatoire des produits issus de cultures ou d’élevages exposés au cadmium est prévu, afin d’informer les consommateurs. Enfin, le texte crée un fonds d’indemnisation pour les personnes ayant développé des pathologies liées à une exposition chronique au cadmium.
Un enjeu sanitaire majeur Selon les données avancées par les porteurs du texte, plusieurs études épidémiologiques établissent un lien entre la concentration de cadmium dans l’organisme et l’incidence de cancers du pancréas, dont le taux a fortement progressé ces dernières décennies. Les professionnels de santé libéraux, via l’URPS, avaient déjà alerté sur cette situation dans leur courrier de 2025, dénonçant une « bombe sanitaire » silencieuse. Les députés à l’initiative du texte insistent sur la nécessité d’une réponse législative rapide face à un polluant persistant, dont les effets ne se manifestent souvent que plusieurs années après l’exposition.
Une première lecture sous haute surveillance L’examen en première lecture intervient après un travail en commission qui a permis d’enrichir le texte initial. Plusieurs amendements ont été déposés pour renforcer les contrôles sur les engrais importés et pour étendre le dispositif de traçabilité aux aliments pour animaux. Les discussions dans l’hémicycle devraient durer plusieurs jours. Les associations de défense de l’environnement et de patients ont appelé les parlementaires à voter en faveur de ce texte, qu’elles jugent attendu depuis longtemps. Le gouvernement n’a pas encore pris position officiellement sur l’ensemble des articles.