Une étude clinique récente suscite un vif intérêt dans le domaine de l'oncologie : le daraxonrasib, une molécule ciblant une mutation génétique fréquente, parvient à doubler le temps de survie des personnes souffrant d'un cancer du pancréas. Les patients ayant reçu ce traitement ont vécu en médiane 13,2 mois après le début de la prise, contre 6,6 mois pour ceux traités par chimiothérapie classique. En outre, les participants ont rapporté une meilleure qualité de vie et des effets indésirables moins sévères.

Un espoir pour une tumeur redoutable

Le cancer du pancréas est l'un des plus meurtriers : souvent asymptomatique à ses débuts, il est généralement diagnostiqué à un stade avancé, lorsque les options thérapeutiques sont limitées. En Allemagne, environ 20 000 personnes ont reçu ce diagnostic en 2023, et un nombre quasi équivalent en est décédé, selon les données de l'Institut Robert-Koch. Dans ce contexte, toute avancée suscite l'attention.

Dietrich Ruess, directeur médical adjoint et responsable du centre certifié de traitement du cancer du pancréas au département de chirurgie générale et viscérale de l'hôpital universitaire de Fribourg, a qualifié ce résultat de « percée révolutionnaire pour les patients ». De son côté, Dieter Saur, professeur de recherche translationnelle en cancérologie à l'Université technique de Munich et au Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ) à Heidelberg, a estimé qu'il s'agissait « de l'un des développements cliniques les plus importants pour le cancer du pancréas métastatique depuis de nombreuses années ».

Une cible moléculaire précise

Le daraxonrasib agit en bloquant la protéine codée par le gène RAS, un régulateur clé de la croissance et de la division cellulaire. Chez près de 90 % des patients atteints d'un cancer du pancréas, ce gène est muté, ce qui le maintient en permanence actif et favorise la formation de tumeurs. La molécule a été conçue pour inhiber spécifiquement cette anomalie, une approche qui tranche avec la chimiothérapie traditionnelle, moins sélective.

Un traitement prometteur, mais pas une guérison

Malgré l'enthousiasme, les spécialistes appellent à la prudence. Susanne Weg-Remers, médecin et directrice du service d'information sur le cancer au DKFZ, a nuancé : « Le terme “prometteur” est en réalité trop fort. » Elle rappelle que le daraxonrasib ne guérit pas la maladie ; dans la majorité des cas, le diagnostic reste synonyme de pronostic fatal à court terme.

Même lorsqu'une détection précoce permet une intervention chirurgicale – une situation rare, selon Weg-Remers –, le taux de survie à cinq ans plafonne à 11 %. L'opération consiste à retirer une large portion du pancréas et, selon la localisation de la tumeur, éventuellement des parties du duodénum et de l'estomac. Elle est suivie d'une chimiothérapie et parfois d'une radiothérapie. Parallèlement, des recherches sont en cours sur un vaccin à ARN messager visant à prévenir les récidives.

Des limites structurelles

Les examens de dépistage systématique du cancer du pancréas ne sont pas recommandés pour la population générale, en raison de la position difficile d'accès de l'organe, ce qui complique les diagnostics précoces. Ainsi, le daraxonrasib, bien qu'apportant un gain de temps précieux, ne change pas fondamentalement la donne pour la majorité des malades, pour lesquels le traitement reste palliatif.