La canicule qui sévit actuellement sur une grande partie du territoire rappelle avec acuité le rôle crucial des sols naturels dans la régulation thermique. Puits de carbone, éponges lors des fortes pluies et climatiseurs naturels en période de chaleur, ils sont pourtant de plus en plus grignotés par le béton. Un rapport publié ce mardi 23 juin par la Fondation pour la nature et pour l'homme (FNH) alerte sur les menaces qui pèsent sur l'objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) fixé par la loi Climat et résilience d'août 2021.

Un objectif déjà compromis par des angles morts

La loi prévoit une réduction progressive de l'artificialisation des sols, avec un objectif intermédiaire de 120 000 hectares à consommer entre 2021 et 2031, puis le ZAN en 2050. Actuellement, la France artificialise en moyenne 20 000 hectares par an, dont les deux tiers pour la construction de logements. Selon Thomas Uthayakumar, directeur des programmes et du plaidoyer de la FNH, sur les 120 000 hectares autorisés pour la première décennie, il resterait encore 60 000 à 80 000 hectares disponibles, mais le compte est faussé par des exemptions.

« Le ZAN n'interdit pas de construire, contrairement à ce que certains laissent entendre. 120 000 hectares, c'est l'équivalent de la superficie du Val-d'Oise », rappelle-t-il. Mais le rapport de la fondation estime qu'environ 70 000 hectares échappent au système de comptabilisation officiel. Il s'agit notamment des carrières, de certains bâtiments publics, des terrains militaires ou encore de certaines exploitations agricoles. Ces surfaces pourraient être artificialisées sans être imputées au quota ZAN, créant un vide réglementaire significatif.

Un assaut parlementaire contre le ZAN

Les pressions politiques pour assouplir la réglementation sont également mises en lumière. Depuis l'adoption de la loi, pas moins de 350 amendements ont été déposés par des parlementaires – députés et surtout sénateurs – dans divers textes législatifs afin d'affaiblir le dispositif. Si la plupart n'ont pas été adoptés, leur nombre témoigne de la vigueur des oppositions, souvent portées par des élus locaux et des représentants du secteur de la construction.

Selon les calculs de la FNH, si l'ensemble de ces dérogations étaient mises en œuvre, ce seraient des centaines de milliers d'hectares supplémentaires qui pourraient échapper à la règle du ZAN. « Les sols sont essentiels pour faire face aux canicules », insiste Thomas Uthayakumar. « Ce sont des éponges l'hiver et des climatiseurs l'été. Leur préservation est un enjeu majeur d'adaptation au changement climatique. »

Un enjeu climatique occulté

Alors que les épisodes caniculaires se multiplient et s'intensifient, le lien entre bétonisation et îlots de chaleur urbains est de plus en plus documenté. Les surfaces minéralisées emmagasinent la chaleur le jour et la restituent la nuit, empêchant tout rafraîchissement. À l'inverse, les sols naturels et la végétation participent à la régulation thermique par évapotranspiration. La FNH plaide donc pour une application stricte du ZAN, sans nouvelles exceptions, et pour une politique volontariste de désartificialisation et de végétalisation.

Le gouvernement, de son côté, a récemment réaffirmé son attachement à l'objectif de long terme, mais les dérogations accordées au cas par cas et les pressions des lobbies immobiliers et agricoles interrogent sur la capacité de la France à tenir ses engagements climatiques. La canicule actuelle donne une démonstration pratique des conséquences de l'inaction : les villes les plus minéralisées enregistrent des températures records, tandis que les espaces végétalisés offrent des refuges de fraîcheur.

Le rapport de la FNH devrait relancer le débat sur la trajectoire du ZAN, alors que s'ouvrent les discussions sur le prochain projet de loi de finances et que de nombreux textes sectoriels sont examinés au Parlement. Reste à savoir si les leçons de la canicule se traduiront par un renforcement ou un affaiblissement de la réglementation.