Le ministre de l’Économie se dit ouvert à des assouplissements des horaires de travail en période de forte chaleur, n’écartant pas la possibilité de s’inspirer de la sieste espagnole. Une déclaration qui intervient alors que la majorité du pays est placée en vigilance canicule et que le 51e congrès de la CFDT se tient à Bordeaux sous 43 degrés.

Interrogé sur les conséquences des épisodes caniculaires à répétition sur les conditions de travail, le locataire de Bercy a indiqué que des aménagements horaires étaient « à l’étude ». « On peut tout à fait imaginer des journées qui commencent plus tôt et qui finissent plus tard, avec une grande pause au milieu de l’après-midi », a-t-il confié, ajoutant que le modèle de la sieste, tel qu’il est pratiqué dans certains pays méditerranéens, « n’est pas à exclure ». Il a toutefois précisé que cette piste ne saurait être imposée par décret, mais plutôt négociée branche par branche, voire entreprise par entreprise.

Ces propos font écho aux inquiétudes exprimées par Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, qui a fait de la protection des « corps au travail » l’un des axes forts de son discours lors du congrès bordelais. « Quand il fait 43 degrés, on ne peut pas demander aux salariés de produire comme si de rien n’était », y a-t-elle déclaré, plaidant pour une généralisation des plans de prévention plutôt que pour un simple arrêt des activités. La syndicaliste a notamment insisté sur la nécessité d’adapter les rythmes de travail pour les métiers du bâtiment, de l’agriculture et de la livraison, exposés de plein fouet à la chaleur.

Des mesures concrètes attendues

Le ministre n’a pour l’heure dévoilé aucun calendrier précis ni de dispositif législatif. Ses déclarations, rapportées par plusieurs participants au congrès, constituent une première inflexion gouvernementale sur le sujet, longtemps jugé secondaire. Selon des sources concordantes, un groupe de travail interministériel pourrait être mis en place dans les prochaines semaines pour plancher sur des adaptations réglementaires, notamment la révision du Code du travail en matière de température maximale admissible dans les locaux professionnels.

La CFDT, de son côté, a déposé plusieurs amendements visant à rendre obligatoires les « pauses canicule » rémunérées dans les secteurs les plus exposés. Le syndicat souhaite également que les employeurs soient tenus de fournir de l’eau fraîche et des espaces climatisés dès lors que le thermomètre dépasse les 30 degrés. La proposition de sieste méridienne, abordée avec prudence par le ministre, ne figure pas dans les revendications officielles du syndicat, mais plusieurs délégués interrogés en marge du congrès s’en sont dits « séduits ».

Un sujet qui monte avec la température

Les épisodes caniculaires – devenus plus fréquents et intenses sous l’effet du changement climatique – placent la question des conditions de travail au cœur des préoccupations sociales. À Bordeaux, où le thermomètre a frôlé les 43 degrés mercredi, les congressistes ont dû composer avec la chaleur dans un palais des congrès dont la climatisation s’est révélée insuffisante. Plusieurs ateliers ont été déplacés en salle climatisée, tandis que des fontaines à eau supplémentaires ont été installées d’urgence.

Pour les organisations patronales, toute généralisation de la sieste ou des horaires décalés soulève des questions d’organisation et de productivité. Certaines fédérations du bâtiment ont d’ores et déjà fait savoir qu’elles privilégiaient le départ anticipé des chantiers plutôt que la pause longue. Le gouvernement devra donc arbitrer entre impératifs de santé publique et compétitivité des entreprises, alors que les épisodes de chaleur extrême devraient se multiplier dans les années à venir.