L'impression est partagée par de nombreux habitants de l'Hexagone : les moustiques semblent beaucoup moins présents que lors des étés précédents. Ce constat, corroboré par plusieurs observateurs, trouve une explication scientifique dans les conditions climatiques extrêmes que traverse le pays. Les températures caniculaires et la sécheresse historique associée créent un environnement défavorable à la prolifération de ces insectes.
Un cycle de reproduction perturbé par l'absence d'eau stagnante
Pour se reproduire, les moustiques femelles ont besoin de points d'eau calme où déposer leurs œufs. Ceux-ci donnent ensuite des larves, puis des nymphes, avant de devenir adultes. Or, avec la sécheresse qui touche 99 départements français – un niveau record depuis 2013 selon la ministre de la Transition écologique Monique Barbut – les flaques, mares et autres réserves naturelles d'eau se raréfient. Les simples arrosages ne suffisent pas à créer les surfaces liquides nécessaires au développement des larves.
Didier Fontenille, directeur de recherche émérite à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), résume la situation : « Sans eau, pas de moustiques. » Ce spécialiste de l'entomologie médicale souligne que la sécheresse actuelle, qualifiée d'historique, a mécaniquement réduit les sites de ponte.
Une chaleur qui tue les larves et ralentit les adultes
Au-delà du manque d'eau, la température elle-même joue un rôle majeur. Les larves de moustiques se développent idéalement dans une eau comprise entre 26 et 30 °C. Lorsque la température de l'eau dépasse ce seuil, leur survie et leur croissance sont compromises. « Dès que l'eau devient plus chaude, elles survivent moins bien, se développent moins, ou même meurent », explique Didier Fontenille.
Les adultes ne sont pas épargnés. La chaleur excessive réduit leur activité : ils volent moins et piquent moins. Le scientifique évoque une « diminution carrée de leur activité » sous l'effet du stress thermique.
Un effet protecteur contre les maladies tropicales
Cette moindre présence des moustiques a une conséquence sanitaire notable. Les agents pathogènes qu'ils transmettent – virus de la dengue, du chikungunya, du Zika ou du Nil occidental – peinent eux aussi à se développer dans les conditions de forte chaleur. « Il se trouve que la canicule ne leur plaît pas non plus, aux virus », note Didier Fontenille, en précisant que ces micro-organismes ont davantage de difficultés à se multiplier à l'intérieur de l'insecte lorsque les températures grimpent.
Les données de Santé publique France confirment cette tendance : aucun cas autochtone de dengue, chikungunya ou Zika n'a été recensé en métropole depuis le début de l'été. À titre de comparaison, l'année précédente avait vu près de 809 cas de chikungunya, 30 cas de dengue et 60 cas dus au virus du Nil Occidental. L'absence de ces foyers cette année illustre l'impact direct des conditions météorologiques sur la circulation des arbovirus.
Un répit temporaire ?
Si la diminution des moustiques est une bonne nouvelle pour les activités estivales, les experts restent prudents. Le retour de précipitations ou d'une chaleur moins extrême pourrait permettre aux populations de se reconstituer rapidement, car les œufs de certaines espèces résistent à la sécheresse et éclosent dès que les conditions redeviennent favorables. La vigilance concernant les maladies vectorielles ne doit donc pas être relâchée, d'autant que le moustique tigre (Aedes albopictus), vecteur de la dengue et du chikungunya, est désormais implanté dans la quasi-totalité des départements métropolitains.
En attendant, les Français profitent d'un répit – pique moins nombreuses, nuits plus tranquilles – que la science explique par une convergence de facteurs : chaleur excessive, absence d'eau stagnante et fragilisation des virus. Une trêve offerte par un climat qui, sous d'autres aspects, inquiète les spécialistes.