Alors que la France traverse un épisode caniculaire aux proportions inédites, le chef de l’État a tenu à mettre en avant l’action menée depuis son arrivée au pouvoir. Jeudi 25 juin, en marge d’un sommet avec la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, à Antibes, Emmanuel Macron a déclaré devant la presse qu’« un gros travail a été fait » en matière d’adaptation aux fortes chaleurs, appelant à reconnaître les progrès accomplis. « Il y a une période totalement inédite », a-t-il ajouté, en référence à l’intensité et à la durée de l’actuel épisode caniculaire.
Cette prise de parole intervient dans un contexte très tendu. Selon les données de Météo France, la journée de mercredi 24 juin a été la plus chaude jamais enregistrée dans le pays, effaçant un record qui datait pourtant de la veille, mardi. Jeudi encore, 61 départements étaient placés en vigilance rouge canicule, le pic de l’épisode ayant été atteint en milieu de semaine. Les conséquences sont lourdes : des écoles ont dû fermer leurs portes, les services d’urgence sont saturés et plusieurs décès sont déjà à déplorer.
Des critiques sur le fond et la méthode
Les déclarations du président suscitent de vives réactions. Plusieurs observateurs contestent le tableau dressé par l’exécutif. Ils rappellent que le troisième plan national d’adaptation au changement climatique, censé préparer la France à un réchauffement attendu de +4 °C d’ici la fin du siècle, a connu de nombreux reports avant d’être finalement présenté en mars 2025, après avoir été initialement prévu pour 2023. Le document, qualifié d’ambitieux par le gouvernement, serait déjà réalisé à 85 %, selon la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, qui s’était félicitée une semaine plus tôt de l’avancée de ce programme.
Mais pour les critiques, ce bilan est très éloigné de l’urgence de la situation. Ils soulignent des lacunes persistantes, notamment dans l’isolation des logements, la gestion des établissements scolaires ou encore la protection des personnes les plus vulnérables. La saturation des hôpitaux, confrontés à un afflux de patients souffrant d’hyperthermie et de malaises cardiaques, est présentée comme un signe de l’insuffisance des mesures prises. Des témoignages font état d’urgences débordées, tandis que le gouvernement a dû déclencher le niveau 3 du plan Orsan pour tenter de maintenir le système hospitalier.
Un lourd bilan humain et matériel
La canicule provoque par ailleurs une surmortalité massive dans les élevages de volailles de l’Ouest, saturant les services d’équarrissage. Plus de 55 décès par noyade ont été recensés depuis le 18 juin, un chiffre en partie lié aux fortes chaleurs. À Paris, la préfecture de police a prononcé une interdiction de la consommation d’alcool à partir de 12 heures pour faire face à la saturation des hopitaux. En outre, Solidays et la Marche des Fiertés ont été annulés par la préfecture de police de la capitale.
Dans ce climat de tension, les déclarations d’Emmanuel Macron apparaissent comme une tentative de défendre le bilan de son quinquennat tout en reconnaissant l’ampleur inédite de l’événement. Reste que le décalage entre le discours officiel et la réalité du terrain alimente un vif débat sur la préparation du pays face aux conséquences du dérèglement climatique.