La canicule sans précédent qui touche l'Hexagone depuis la mi-juin a des conséquences dramatiques pour les éleveurs de volailles. Plusieurs milliers de poulets, dindes et canards ont succombé aux températures extrêmes, provoquant un désastre sanitaire et financier dans les exploitations avicoles, notamment dans le Grand Ouest.

Un bilan humain et animal très lourd

Les températures, qui ont dépassé les 40 degrés Celsius dans de nombreuses régions, ont été fatales pour les volailles, particulièrement sensibles aux coups de chaleur. Dans les bâtiments d'élevage, malgré les systèmes de ventilation et de brumisation, la chaleur est devenue intenable. « On a perdu 30 % de notre cheptel en une seule nuit, c'est un désastre », confie un éleveur du Morbihan. Des scènes similaires se sont répétées dans plusieurs départements bretons, en Pays de la Loire et en Nouvelle-Aquitaine.

Le bilan provisoire fait état de plusieurs centaines de milliers de volailles mortes depuis le début de l'épisode caniculaire. Les services vétérinaires sont mobilisés pour évacuer les carcasses et éviter tout risque sanitaire.

Un manque à gagner estimé à 1 200 euros par exploitation

Au-delà du choc émotionnel, les éleveurs doivent faire face à des pertes financières considérables. Selon les premières estimations, le manque à gagner s'élève en moyenne à 1 200 euros par exploitation. Ce chiffre prend en compte la valeur des animaux morts mais aussi les coûts supplémentaires liés à l'achat de matériel de refroidissement d'urgence (ventilateurs, brumisateurs) et à l'augmentation des factures d'électricité.

« C'est une catastrophe économique pour nous, explique un aviculteur de la Mayenne. On a déjà investi dans des installations pour limiter les effets de la chaleur, mais on n'avait jamais vu ça. On ne pourra pas tenir longtemps si ça continue. »

Les maraîchers également touchés

Le secteur maraîcher n'est pas en reste. Dans le Finistère, un maraîcher a mesuré 54 degrés sous sa serre, une température jamais atteinte jusqu'à présent. « Je n'ai jamais vu ça en trente ans de métier », témoigne-t-il. Les légumes feuilles (salades, épinards, roquette) ont brûlé sur pied, et les plants de tomates et courgettes souffrent d'un stress hydrique sévère. Les pertes de récoltes pourraient atteindre 30 à 40 % sur certaines parcelles.

Des syndicats agricoles demandent des mesures d'urgence

Face à cette situation, plusieurs organisations professionnelles agricoles réclament la mise en place d'un fonds d'indemnisation spécifique pour les éleveurs et maraîchers victimes de la canicule. Elles demandent également un assouplissement des normes environnementales pour permettre l'installation de systèmes de refroidissement plus efficaces dans les bâtiments d'élevage, ainsi que des aides à l'achat de matériel.

« Les pouvoirs publics doivent prendre la mesure de l'urgence, insiste un représentant syndical. On ne pourra pas faire face seuls à ces pertes, surtout si ces épisodes caniculaires deviennent plus fréquents. »

Un phénomène climatique qui interroge

Cette canicule précoce et intense relance le débat sur les conséquences du dérèglement climatique pour l'agriculture française. Les experts rappellent que les projections à long terme prévoient une augmentation de la fréquence et de l'intensité des vagues de chaleur, ce qui impose une adaptation rapide des filières animales et végétales.

Le gouvernement, interrogé sur le sujet, a indiqué qu'il suivait la situation de près et que des discussions avec les représentants de la profession agricole étaient en cours pour envisager des soutiens adaptés. Aucune mesure concrète n'a toutefois été annoncée à ce stade.