L’ouest de l’Australie connaît une prolifération exceptionnelle de souris, dont l’ampleur dépasse déjà celle de la grande invasion de 2021. Les rongeurs infiltrent les maisons, les écoles, les granges et les champs, poussant les exploitants agricoles à décrire un quotidien devenu infernal.
Des scènes de désolation dans les fermes
À Mingenew, Geoff Cosgrove, qui cultive 14 000 hectares de céréales, témoigne d’une situation sans précédent en vingt-cinq ans de métier. « On les entend courir la nuit dans les plafonds et les climatiseurs. Il y a même une odeur de décomposition », raconte-t-il. Avant cette année, il n’avait eu recours à des appâts qu’à deux reprises. Désormais, les souris s’invitent jusque dans les lits et les fours, rendant la vie quotidienne insupportable.
Belinda Eastough, agronome et agricultrice depuis près de quarante ans, estime que certaines parcelles comptent entre 8 000 et 10 000 rongeurs par hectare. « Habituellement, leur population baisse une fois la nourriture épuisée. Cette année, ce n’est pas le cas. Je vis un cauchemar », confie-t-elle.
Un cocktail climatique favorable aux rongeurs
Plusieurs spécialistes attribuent cette explosion démographique à une récolte exceptionnelle l’an dernier. Les grains tombés au sol après les moissons ont offert une source de nourriture abondante, tandis que des pluies estivales ont favorisé la pousse de jeunes végétaux, prolongeant le festin des souris.
Le chercheur Steve Henry, spécialiste des rongeurs au sein de l’agence scientifique nationale CSIRO, qualifie la situation de « problème monumental ». Il rappelle que les souris peuvent se reproduire dès l’âge de six semaines, donner naissance à une portée de jusqu’à dix petits tous les vingt jours et retomber enceintes immédiatement après la mise bas. Ce rythme biologique rend tout contrôle extrêmement difficile.
Une crise qui frappe au mauvais moment
L’invasion survient en pleine période de semis, moment crucial pour les céréaliers. Les souris déterrent et mangent les graines fraîchement plantées durant la nuit, obligeant certains exploitants à replanter leurs champs entiers. Les pertes s’ajoutent à une conjoncture déjà difficile marquée par la flambée des prix du carburant et des engrais, conséquences du conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran au Moyen-Orient.
« Le problème des souris vient s’ajouter au reste », résume Belinda Eastough, tandis que Geoff Cosgrove souligne la tension psychologique que provoque cette infestation permanente.
Des moyens de lutte renforcés
Face à l’urgence, les autorités australiennes ont récemment autorisé l’utilisation d’appâts plus puissants, une mesure qui n’avait pas été prise lors des épisodes précédents. Avec l’arrivée de l’hiver austral et la baisse des températures, les agriculteurs espèrent une diminution naturelle de la population de rongeurs. Mais dans l’immédiat, les souris continuent de coloniser chaque recoin des fermes, des écoles et des champs de l’Ouest australien.