Le procès de l'ancien président centrafricain François Bozizé s'est ouvert mardi 16 juin devant la Cour pénale spéciale (CPS) de Bangui. Âgé de 79 ans, l'ex-dirigeant est poursuivi pour des faits qualifiés de crimes contre l'humanité qui auraient été perpétrés entre 2009 et 2013, durant son dernier mandat. Il comparaît par contumace, étant réfugié en Guinée-Bissau depuis mars 2023.
Des accusations graves
Les charges retenues contre François Bozizé incluent des meurtres, des disparitions forcées, des actes de torture, des viols et d'autres traitements inhumains. Selon les juges d'instruction, ces actes auraient été commis à Bossembélé, dans le centre du pays, par des membres de sa garde présidentielle et d'autres services de sécurité.
En février 2024, la CPS avait émis un mandat d'arrêt international à l'encontre de l'ancien président, estimant qu'il existait des « indices graves et concordants » de nature à engager sa responsabilité pénale en tant que supérieur hiérarchique et chef militaire. La juridiction se penche sur les exactions qui auraient eu lieu dans une prison civile et un centre d'instruction militaire de la localité.
Trois anciens officiers détenus
Outre l'ancien chef de l'État, trois de ses anciens hauts responsables militaires sont jugés dans le cadre de ce dossier. Eugène Barret Ngaïkosset, Vianney Semndiro et Firmin Junior Danboy sont actuellement en détention préventive en Centrafrique.
La Cour pénale spéciale, créée en 2015 sous l'égide des Nations unies, est une juridiction hybride composée de magistrats centrafricains et étrangers. Elle est compétente pour enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis dans le pays depuis 2003.
Un parcours politique tumultueux
Ancien chef d'état-major des armées, François Bozizé a pris le pouvoir en mars 2003 en renversant le président Ange-Félix Patassé. Élu en 2005, puis réélu en 2011, il a dirigé la Centrafrique pendant près de dix ans, mais a été renversé en 2013 par une coalition de groupes rebelles majoritairement musulmans, la Seleka.
Cette chute a plongé le pays, l'un des plus pauvres du monde, dans une guerre civile. Pour tenter de reprendre le pouvoir, Bozizé a alors constitué des milices dominées par des chrétiens et des animistes, connues sous le nom d'Anti-balaka. Des milliers de civils ont péri dans les violences, et les deux parties ont été accusées par l'ONU de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.
Un retour avorté sur la scène politique
François Bozizé a vécu en exil au Cameroun avant de revenir en Centrafrique en 2019 pour annoncer sa candidature à l'élection présidentielle. La Cour constitutionnelle avait alors jugé qu'il ne remplissait pas la condition de « bonne moralité » en raison des accusations pesant contre lui.
À la fin de l'année 2020, il avait pris la tête d'une nouvelle alliance rebelle, la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), qui avait menacé le pouvoir du président Faustin-Archange Touadéra. Le gouvernement avait alors sollicité l'appui de la Russie, qui avait déployé des centaines de paramilitaires du groupe Wagner pour repousser l'offensive.
Bozizé a depuis fui en Guinée-Bissau, un pays qui n'accorde pas l'extradition. Il avait déjà été condamné par contumace à la prison à vie en septembre 2023 pour « complot » et « rébellion ».