Les zones urbaines, où réside plus de la moitié de la population mondiale, sont particulièrement exposées aux épisodes de chaleur extrême. Les surfaces asphaltées, le béton et le manque de végétation transforment les cités en îlots de chaleur, avec des températures pouvant dépasser de 10 à 15 degrés Celsius celles des campagnes environnantes. Selon des données des Nations unies, près d'un demi-million de personnes décèdent chaque année de causes liées à la chaleur.

Des stratégies d'adaptation présentées à Bonn

Ces enjeux sont au cœur des discussions préparatoires aux négociations climatiques de l'ONU qui se tiennent à Bonn cette semaine et la semaine prochaine. Les villes y partagent leurs stratégies d'adaptation et de résilience face à un phénomène que le réchauffement climatique ne cesse d'aggraver. Le docteur Hans Henri P. Kluge, directeur régional pour l'Europe de l'Organisation mondiale de la santé, a présenté jeudi des recommandations actualisées sur les mesures de protection contre la chaleur. « La chaleur est un tueur silencieux, mais elle n'est pas une fatalité », a-t-il déclaré. « Nous avons les outils. Il faut maintenant les utiliser. »

Le témoignage de Teresina, au Brésil

Leonardo Madeira Martins, responsable du développement durable pour la ville de Teresina, dans le nord-est du Brésil, témoigne de l'évolution du phénomène. « Aujourd'hui, la chaleur n'est plus simplement une caractéristique climatique locale. Elle est devenue un défi urbain, de santé publique, économique et socio-environnemental », explique-t-il. Dans cette cité tropicale pourtant réputée pour ses espaces verts, le thermomètre dépasse désormais fréquemment les 40 degrés Celsius. Martins indique que cette situation perturbe « la mobilité urbaine, la qualité du sommeil, la productivité et le bien-être général » des quelque 870 000 habitants.

Antalya, future hôte de la COP31, sous pression

Antalya, en Turquie, qui doit accueillir la prochaine conférence des Nations unies sur le climat (COP31), fait également face à des transformations préoccupantes. Melike Kireccibasi, experte climatique de la municipalité, constate un changement dans la nature des étés de cette cité méditerranéenne. « Antalya est une ville méditerranéenne où les étés ont toujours été chauds ; cependant, la nature de la chaleur a changé », observe-t-elle. Les vagues de chaleur commencent plus tôt, durent plus longtemps et se répètent plus souvent, une tendance qui pourrait « s'intensifier de manière significative d'ici le milieu du siècle », en particulier dans le centre urbain densément peuplé.

Des populations et des infrastructures fragilisées

Kireccibasi souligne la pression accrue qui pèse sur une population dépassant les 2,6 millions d'habitants, mais aussi sur les services de santé, les systèmes énergétiques et hydriques, sans oublier les millions de visiteurs accueillis chaque été. Les bâtiments, qu'il s'agisse de logements ou de lieux de travail, peuvent offrir une protection relative, mais celle-ci a ses limites. Lorsque les températures extrêmes se prolongent durant la nuit, les personnes vivant dans des constructions surchauffées peinent à se rafraîchir, ce qui s'avère particulièrement dangereux pour les groupes vulnérables comme les enfants, les personnes âgées et les malades. La municipalité d'Antalya souhaite ainsi adapter les bâtiments et aider les résidents à mieux vivre avec la chaleur.

Un phénomène urbain et sanitaire mondial

Les propos de ces experts illustrent un défi commun à de nombreuses métropoles : la chaleur n'est plus un simple aléa climatique saisonnier, mais une contrainte permanente qui affecte la santé, l'économie et l'organisation de la vie urbaine. Le partage des bonnes pratiques, comme celles discutées à Bonn, apparaît comme une nécessité pour rendre les villes plus vivables face à un réchauffement qui semble inéluctable.