Le tribunal sénégalais a prononcé une peine de vingt ans de réclusion criminelle à l’encontre de Serigne Khadim Mbacké, un enseignant coranique, pour des viols et agressions sexuelles commis sur 28 de ses élèves. L’homme appartient à l’une des familles maraboutiques les plus respectées du pays, ce qui confère une dimension singulière à cette affaire.

Les faits se sont déroulés à Touba, ville sainte du Sénégal, où le prévenu dirigeait une daara (école coranique) située dans un quartier particulièrement pauvre. Selon le récit des victimes, chaque matin, l’instituteur demandait à l’une des filles de le suivre dans une pièce pour abuser d’elle. Ces agressions se sont répétées sur une période non précisée par les sources, mais elles concernent 28 élèves identifiés par l’enquête.

Un verdict salué comme une avancée judiciaire

Cette décision de justice est présentée comme une première au Sénégal, où le viol n’est érigé en infraction pénale que depuis 2020. Jusqu’à cette loi, les violences sexuelles n’étaient pas spécifiquement incriminées dans le code pénal, ce qui rendait les poursuites difficiles. La condamnation de Serigne Khadim Mbacké marque donc un tournant dans la lutte contre les violences faites aux mineurs, en particulier dans le cadre des écoles religieuses.

Les organisations de défense des droits de l’enfant ont accueilli le verdict avec satisfaction, tout en rappelant que de nombreuses affaires similaires restent impunies. Le statut social de l’accusé, issu d’une lignée maraboutique influente, n’a pas empêché la justice de se prononcer avec sévérité, ce qui est perçu comme un signal fort envoyé à la société sénégalaise.

Des réactions contrastées dans le pays

L’affaire suscite des réactions diverses au Sénégal. D’un côté, des voix s’élèvent pour célébrer la fin de l’omerta qui entourait les abus dans certaines écoles coraniques. De l’autre, des observateurs soulignent que ce cas isolé ne doit pas masquer la persistance de pratiques abusives dans d’autres daaras, où des enfants sont souvent confiés à des marabouts sans contrôle étatique suffisant.

Le procès a mis en lumière les traumatismes subis par les victimes, toutes mineures au moment des faits. Le témoignage accablant d’une élève, qui a décrit le rituel quotidien imposé par l’enseignant, a été déterminant dans la décision du tribunal. Les familles des enfants ont exprimé leur soulagement, mais aussi leur crainte de représailles dans une communauté où le prévenu jouissait d’une certaine autorité spirituelle.

Un contexte juridique en évolution

La criminalisation du viol en 2020 a ouvert la voie à des poursuites pénales plus systématiques. Avant cette réforme, les victimes de violences sexuelles disposaient de peu de recours légaux, et les condamnations étaient rares. Depuis, quelques affaires médiatisées ont abouti, mais celle-ci reste exceptionnelle par le nombre de victimes et le profil de l’accusé.

Les autorités judiciaires sénégalaises ont réaffirmé leur détermination à lutter contre l’impunité, même lorsque les auteurs sont issus de milieux influents. Pour autant, les associations constatent que la loi n’est pas encore pleinement appliquée sur l’ensemble du territoire, et que les moyens alloués à la protection de l’enfance restent insuffisants.

Portée symbolique de la décision

Au-delà de la sanction individuelle, cette condamnation revêt une portée symbolique dans un pays où les écoles coraniques, très nombreuses, échappent souvent à tout cadre légal. Les enfants y sont parfois soumis à des conditions de vie précaires et à des violences, sans que l’État ne puisse intervenir facilement. Le verdict pourrait inciter les autorités à renforcer le contrôle de ces établissements et à mieux protéger les élèves.

Serigne Khadim Mbacké purge sa peine dans une prison sénégalaise. Ses avocats n’ont pas encore annoncé s’ils feraient appel. En attendant, les 28 victimes et leurs familles tentent de se reconstruire, soutenues par des associations locales qui les ont accompagnées tout au long de la procédure.