Le paysage de la recharge sans fil s’apprête à vivre une transformation majeure. Une vingtaine d’acteurs majeurs de l’industrie mobile, dont Apple, Google et Xiaomi, se sont retrouvés fin juin au siège de ce dernier à Pékin pour avancer sur un nouveau standard universel. Organisée par le Wireless Power Consortium (WPC), cette session de travail technique, baptisée « Plugfest », visait à tester et valider les premiers prototypes du futur protocole Qi 50W.
Ce nouveau palier de puissance doublerait la capacité du Qi2 actuel, plafonné à 25 watts. L’ambition affichée est claire : mettre fin à la fragmentation actuelle où chaque fabricant impose ses propres accessoires pour profiter des vitesses de charge maximales. Un iPhone pourrait alors se recharger à pleine puissance sur un socle destiné à l’origine à un Pixel ou un Xiaomi, et réciproquement.
Un défi thermique au cœur des discussions
Mais doubler la puissance sans fil n’est pas une mince affaire. La recharge par induction génère des pertes énergétiques qui se dissipent sous forme de chaleur. Plus la puissance augmente, plus l’échauffement est important, ce qui peut dégrader les batteries à long terme. Les premiers retours sur les chargeurs 25 W montrent d’ailleurs que certains atteignent des températures suffisamment élevées pour que le système bride automatiquement la puissance, ramenant la vitesse réelle à des niveaux proches de l’ancien standard à 15 W.
Pour répondre à ce problème, une architecture spécifique a été retenue comme base du futur protocole. Soumise par Xiaomi fin 2024 après deux années de recherche et intégrée au brouillon officiel début 2026, elle repose sur trois principes : « basse inductance, basse tension, haute puissance ». Cette approche vise à réduire les pertes dans la bobine et à mieux évacuer la chaleur, le tout dans un module suffisamment compact pour s’intégrer aux smartphones.
Un large consensus industriel
La réunion de Pékin a réuni des entreprises de tout l’écosystème : des fabricants de smartphones comme Huawei, Oppo, Vivo ou Honor, mais aussi des équipementiers et spécialistes des composants tels qu’Anker, NXP Semiconductors et Panasonic Automotive Systems. La présence de ces acteurs témoigne de la volonté de créer un standard qui ne se limite pas aux seuls téléphones, mais pourrait à terme équiper des accessoires, des voitures ou du mobilier.
Pour les consommateurs, l’enjeu est considérable. Fini le casse-tête des chargeurs propriétaires : un seul socle pourrait suffire pour tous les appareils du foyer, quelle que soit leur marque. Les économies d’échelle devraient aussi faire baisser le prix des accessoires compatibles.
Un calendrier fixé à 2028
Les participants au Plugfest ont validé les premières étapes, mais le chemin est encore long. La spécification finale du Qi 50W n’est pas attendue avant 2028. D’ici là, les ingénieurs devront résoudre les dernières difficultés d’efficacité énergétique et de compatibilité électromagnétique. Le consortium devra également s’assurer que les chargeurs Qi 50W restent rétrocompatibles avec les appareils plus anciens.
Si les promesses techniques se confirment, ce nouveau standard pourrait marquer un tournant comparable à l’adoption du connecteur USB-C pour la charge filaire. L’industrie semble en tout cas déterminée à ne pas laisser la fragmentation actuelle perdurer.