Depuis le 8 juin, les négociateurs climatiques sont réunis à Bonn, en Allemagne, pour ce qui constitue la traditionnelle répétition générale avant la conférence annuelle des Nations unies sur le climat. La COP31 se tiendra en novembre à Antalya, en Turquie, et ces intersessions, qui s'achèvent le 18 juin, doivent en poser les jalons. Le contexte géopolitique, marqué par le conflit au Moyen-Orient et l'envolée des prix des hydrocarbures, donne une acuité particulière aux débats.

L'électrification comme mot d'ordre

Les travaux de Bonn placent l'électrification au cœur des discussions. Il ne s'agit plus seulement d'un objectif climatique – sortir des énergies fossiles pour limiter le réchauffement à +1,5 °C – mais aussi d'un impératif de souveraineté énergétique. La double présidence turque et australienne de la future COP a d'ores et déjà fait de ce thème l'un des axes majeurs des négociations de novembre.

Le ministre australien de l'Énergie, Chris Bowen, a résumé cette approche lors d'une réunion préparatoire : « Personne ne peut prendre de sanction contre le soleil, personne ne peut bloquer le vent. » Il a ajouté, dans une référence au blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran : « L'énergie solaire doit parcourir 150 millions de kilomètres jusqu'à la Terre, mais elle n'a pas à franchir le détroit d'Ormuz. » Cette formulation illustre le glissement d'un argumentaire purement climatique vers une logique de sécurité énergétique et d'indépendance.

Une opportunité pour les pays en développement

L'électrification pourrait permettre de convaincre les pays émergents, souvent réticents à abandonner les énergies fossiles qu'ils considèrent comme un moteur indispensable à leur croissance. L'Inde et une grande partie du continent africain perçoivent en effet l'injonction à la transition comme une contrainte imposée par les pays du Nord.

Avec la flambée des prix du pétrole, le calcul pourrait changer. L'électrification, appuyée sur les énergies renouvelables et le nucléaire, devient une opportunité économique. « C'est surtout vu comme une façon d'augmenter les technologies propres et d'électrifier les usages plutôt que de réduire l'utilisation des fossiles. Cela se recoupe naturellement, mais cela permet de montrer le côté positif de l'équation, et cela parle plus aux pays en développement », analyse Lola Vallejo, directrice diplomatie de la Fondation européenne pour le climat.

L'Europe en première ligne

Les pays du Nord, en particulier l'Union européenne et la France, espèrent que cette nouvelle donne permettra de ramener dans le giron de la diplomatie climatique des États qui n'y voyaient jusqu'ici qu'une contrainte.

La France a déjà pris les devants en présentant un plan national d'électrification. Comme l'a souligné un diplomate présent à Bonn : « La France exporte près de 20 % de son électricité, ce qui en fait un fournisseur de premier plan d'énergie décarbonée pour ses partenaires commerciaux. Encore faut-il s'assurer de quelques points : que les usages, dans la mobilité, le logement, sont effectivement électrifiés, et que les réseaux électriques rendent cette énergie accessible, ce qui est loin d'être le cas dans bien des pays en développement. »

L'enjeu pour l'Europe est double : réduire sa dépendance aux importations d'hydrocarbures, dont les prix sont volatils et soumis aux tensions géopolitiques, et maintenir la compétitivité de son industrie. Un rapport publié le 11 juin par le groupe de réflexion Strategic Perspective estime ainsi que le continent pourrait diminuer de 70 % sa consommation de gaz d'ici à 2040 grâce à l'électrification de son économie.

Des négociations sous tension

Reste que la dernière COP, qui s'est tenue au Brésil, a montré les difficultés à traduire les engagements en actions concrètes. Les intersessions de Bonn doivent permettre de tester les compromis possibles sur les sujets les plus sensibles, comme le financement de la transition ou le rythme de sortie des énergies fossiles. L'électrification, si elle fait consensus sur le principe, pose des questions concrètes de déploiement, d'infrastructures et d'équité entre pays développés et en développement.