La France franchit un cap dans l'équipement des logements en climatisation. Selon les dernières estimations, plus d'un quart des résidences principales sont désormais pourvues d'un système de refroidissement, un chiffre en forte progression par rapport aux années précédentes. En 2020, l'Agence de la transition écologique (Ademe) indiquait que 25 % des Français s'étaient équipés, contre seulement 14 % en 2017. Cette évolution reflète l'adaptation des ménages face à des étés de plus en plus chauds.

Des écarts importants selon les régions et l'habitat

L'étude réalisée par Hello Watt en 2026 met en lumière des disparités notables. Ainsi, 28 % des maisons individuelles disposent d'un système de climatisation, tandis que seulement 13,4 % des appartements en sont équipés. La géographie joue un rôle déterminant : dans le Sud-Est de la France, près d'un habitant sur deux vit dans un logement climatisé, alors qu'en Bretagne, la proportion tombe à environ un sur dix. Ces différences s'expliquent par les températures estivales plus élevées dans le quart sud-est du pays, mais aussi par la structure du bâti et les habitudes de construction.

Un marché en pleine expansion

Le secteur de la climatisation connaît une croissance rapide. Le chiffre d'affaires des entreprises spécialisées a atteint 19,7 milliards d'euros en 2021, soit une hausse de 67 % en cinq ans, d'après une étude de Propulse et du Crédit agricole. La France compte actuellement environ 45 000 entreprises actives dans ce domaine, dont 20 000 installateurs. Les ventes d'unités de climatisation fixes ont plus que doublé entre 2014 et 2020, passant de 350 000 à plus de 800 000 appareils par an. Par ailleurs, les climatiseurs mobiles gagnent en popularité : près d'un demi-million de foyers en possèdent, en progression de 80 % entre 2013 et 2020, selon une étude de la Fondation pour le logement.

Les prévisions de Réseau de transport d'électricité (RTE) suggèrent que la tendance va s'accélérer : d'ici 2035, la moitié des logements français pourraient être climatisés, dopant encore davantage un marché déjà florissant. Dans le secteur tertiaire, l'équipement est devenu quasi systématique. Un rapport de l'Atelier Parisien d'urbanisme, publié en avril 2025, souligne qu'« un bâtiment de bureau neuf qui serait mis sur le marché sans climatisation est jugé aujourd'hui inconcevable ».

Un impact paradoxal sur les températures urbaines

Cependant, cette démocratisation de la climatisation n'est pas sans conséquences. Les climatiseurs rejettent de la chaleur à l'extérieur, ce qui peut aggraver les îlots de chaleur urbains, surtout lors des nuits caniculaires. Les climatiseurs mobiles, en particulier, sont pointés du doigt pour leur impact environnemental : ils sont moins efficaces énergétiquement, difficiles à recycler et utilisent des fluides frigorigènes nocifs pour l'atmosphère. Les autorités sanitaires et environnementales appellent donc à une réflexion globale sur les alternatives, comme l'isolation des bâtiments, la végétalisation des villes ou le recours aux pompes à chaleur réversibles, moins gourmandes en énergie.

La France reste néanmoins loin derrière d'autres pays : aux États-Unis et au Japon, plus de 90 % des foyers possèdent un climatiseur, selon l'Agence internationale de l'énergie. En Europe, l'Hexagone se situe derrière l'Italie et la Grèce en termes de consommation d'énergie pour la climatisation. Mais la progression rapide de l'équipement en France interroge sur la capacité du réseau électrique à faire face aux pics de demande estivaux, alors que le pays mise sur une décarbonation de son mix énergétique.