La lune de miel entre Donald Trump et Israël semble s’être brutalement assombrie. Alors que le président américain était jusqu’à récemment considéré comme l’un des alliés les plus fidèles de l’État hébreu, la conclusion d’un accord intérimaire avec l’Iran provoque une onde de choc dans le pays. Plusieurs éditoriaux et prises de position traduisent un profond ressentiment, certains allant jusqu’à qualifier le pacte de « capitulation » face à un régime qualifié de « terroriste ».
Une tribune sans précédent dans un journal pro-Trump
C’est dans le quotidien Israel Hayom, propriété de la richissime donatrice de Donald Trump Miriam Adelson, qu’est parue une tribune d’une rare violence. Rédigée sous la forme d’une lettre ouverte au président américain, elle s’intitule : « Tu aurais pu être le plus grand président de tous les temps, mais tu as échoué ». Le texte accuse le chef de la Maison-Blanche d’avoir signé non pas un accord, mais un « acte de reddition face à un régime meurtrier et cruel ». Il va jusqu’à évoquer l’« humiliation » des États-Unis et affirme que Donald Trump a « retourné le sablier vers une nouvelle guerre ».
Cette attaque dépasse par sa tonalité les critiques formulées par les responsables politiques israéliens les plus radicaux. L’éditorial fait également référence à l’ancien président Barack Obama, dont le sourire, selon l’auteur, « contenait tant de moquerie envers l’homme qui avait qualifié son accord de pire jamais signé ». Donald Trump avait en effet dénoncé en 2018 l’accord nucléaire de 2015 conclu par l’administration Obama avec l’Iran.
De la popularité à la diabolisation
Hagai Ram, professeur à l’université Ben Gourion et auteur de l’ouvrage Iranophobie : la logique d’une obsession israélienne, observe un basculement spectaculaire. Selon lui, Donald Trump était « la figure la plus populaire en Israël » il y a encore peu de temps. Aujourd’hui, il est « transformé en vilain ». Ce revirement, explique-t-il, est alimenté par une « phobie » et un « sentiment global de trahison américaine envers Israël ». Les médias grand public israéliens présentent d’ailleurs l’accord comme « un piège iranien ».
Une alliance mise à rude épreuve
L’accord intérimaire entre les États-Unis et l’Iran, dont les termes incluent également le Liban, a été perçu en Israël comme une concession majeure à Téhéran. Alors que les frappes conjointes américano-israéliennes étaient en cours, la décision unilatérale de Washington de négocier un cessez-le-feu a pris de court le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Ce dernier se trouve désormais sous une double pression : celle de l’administration Trump pour accepter les termes du pacte, et celle des factions les plus bellicistes de son propre camp, qui l’accusent d’avoir retenu ses frappes sur Beyrouth après un appel avec le président américain.
La rupture semble consommée dans l’opinion publique israélienne. Si aucun sondage n’a encore été publié, la virulence des réactions dans la presse et sur les réseaux sociaux témoigne d’un rejet massif. Les partisans de la ligne dure, qui espéraient une élimination définitive de la menace iranienne, expriment leur colère. Les analystes estiment que cette crise de confiance pourrait avoir des conséquences durables sur la relation bilatérale, pourtant considérée comme l’un des piliers de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient.
Des conséquences régionales encore floues
L’accord prévoit notamment un arrêt des hostilités impliquant le Liban, ce qui suscite des inquiétudes en Israël quant à un renforcement du Hezbollah. Les modalités précises de la mise en œuvre restent à définir, mais l’administration Trump a affirmé que l’Iran était « fini » sur le plan militaire. Une déclaration loin de convaincre les décideurs israéliens, qui redoutent que cet accord n’offre à Téhéran une respiration pour reconstituer ses capacités.
Reste à savoir si Benjamin Netanyahu parviendra à gérer cette crise tout en maintenant l’alliance avec Washington. Les prochains jours s’annoncent décisifs, alors que la pression ne cesse de monter sur la scène politique israélienne.