Des affrontements armés ont éclaté dans plusieurs quartiers de Mogadiscio, la capitale de la Somalie, à l'occasion de manifestations organisées contre le chef de l'État, Hassan Sheikh Mohamud. Des groupes loyaux à des rivaux du président et les forces de sécurité se sont livrés à des échanges de tirs, provoquant la panique parmi la population. Des tirs d'armes lourdes, de mortiers et de grenades propulsées par fusée ont été entendus dès les premières heures de la journée, selon des témoins. La violence, qui a commencé la veille, s'est poursuivie dans la matinée avant de marquer une accalmie relative en fin de matinée, tandis que des discussions s'engageaient entre les parties.

Le motif du conflit : le mandat du président

L'origine des heurts remonte à une décision controversée du Parlement visant à prolonger le mandat du président Mohamud, arrivé à expiration le mois précédent. Cette mesure a également repoussé l'organisation des élections, suscitant la colère de l'opposition qui y voit une tentative de centralisation du pouvoir de la part du chef de l'État. Les autorités ont rejeté ces accusations. Les rivaux du président avaient appelé à des rassemblements pacifiques ; leurs partisans et les forces gouvernementales se sont retrouvés en position de confrontation rapprochée dans les rues de la capitale.

Des civils pris au piège

Des habitants ont décrit une situation chaotique et dangereuse. Un résident, Abdullahi Mohamed, a rapporté avoir entendu des détonations d'armes lourdes et vu des personnes fuir leur domicile. Une mère de deux enfants, Fartun Da'ud, a confié ne plus avoir confiance en la capacité de vivre dans le pays, estimant qu'aucun homme politique ne se préoccupe de la sécurité des citoyens. Un autre témoin, Ahmed Ismail, a indiqué qu'un obus de mortier était tombé sur la maison de son voisin, blessant une mère, et qu'un grand bâtiment voisin était en proie aux flammes. Un autre habitant, Mohamud Farah, a observé que deux véhicules blindés avaient été incendiés. Aucun bilan officiel des pertes humaines n'avait été communiqué dans l'immédiat, mais un analyste en sécurité a évoqué l'existence de victimes civiles dans certains secteurs.

Accusations de l'opposition

L'ancien Premier ministre Hassan Ali Khaire, qui a affirmé avoir été la cible des forces de sécurité, a vivement critiqué le gouvernement. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, il a dénoncé l'usage d'un armement lourd, conçu pour des opérations conventionnelles sur un champ de bataille, contre les propres dirigeants et citoyens du pays. Selon lui, ces armes, confiées à l'État somalien pour lutter contre le groupe armé Al-Shabab, sont désormais détournées dans le cadre d'une campagne de répression politique. Il a également signalé que des infrastructures civiles, dont le réseau électrique, avaient été délibérément endommagées.

Appels à la retenue de la communauté internationale

L'Union africaine a exprimé sa vive préoccupation face à ces affrontements dans des zones résidentielles et a appelé à la retenue. L'Union européenne et l'ambassade des États-Unis à Mogadiscio ont également relayé ce message. Ce regain de tensions politiques intervient dans un contexte déjà fragilisé par la guerre contre le groupe extrémiste Al-Shabab, actif depuis 2007, et par une grave crise humanitaire liée à la sécheresse. La Somalie n'a pas connu d'élection présidentielle directe depuis 1969 et a été déchirée par plus de trente ans de guerre civile. Le président Mohamud n'est pas le premier dirigeant somalien à voir son mandat contesté : son prédécesseur, Mohamed Abdullahi Farmaajo, était resté plus d'un an au pouvoir après la fin officielle de son mandat, déclenchant des violences et des condamnations internationales.