Dans l’Estadio Hidalgo, enceinte de 25 000 places située dans le centre-est du Mexique, les supporteurs déploient un tifo représentant un mineur. D’une main, il brandit une pioche ; de l’autre, un chausson à la bordure ondulée caractéristique. Deux drapeaux noirs frappés d’une croix blanche l’encadrent. Pour quiconque connaît le comté le plus méridional du Royaume-Uni, ce personnage est immédiatement identifiable comme cornouaillais.
Les supporteurs du CF Pachuca, largement reconnu comme le premier club de football mexicain, rendent ainsi hommage à leurs origines. Ils célèbrent le rôle qu’ont joué les mineurs venus des Cornouailles dans l’introduction du football dans ce pays devenu l’une des nations les plus passionnées du monde et l’un des coorganisateurs de la Coupe du monde 2026.
Les débuts de la migration minière
Cette connexion transatlantique entre l’État d’Hidalgo et les Cornouailles remonte à 1824. Le secteur minier mexicain, pilier de la réussite économique du pays, était en ruine après une décennie de guerre ayant conduit à l’indépendance vis-à-vis de l’Espagne. La situation attire l’attention d’un ingénieur des mines nommé John Taylor, qui investissait avec succès dans les mines cornouaillaises, notamment dans le village de Gwennap. Selon une spécialiste des migrations minières cornouaillaises, John Taylor avait « repris un groupe de mines défaillantes et inondées et les avait rendues prospères ; il a regardé les mines de Real del Monte et s’est dit : je peux faire la même chose là-bas ».
Son implication a conduit, dans les décennies suivantes, des centaines de Cornouaillais à faire la navette entre les Cornouailles et l’Hidalgo. Cette migration a favorisé un échange d’idées, de culture et, bien sûr, de sport.
Du cricket au football
La première trace écrite de pratiques sportives des mineurs cornouaillais dans l’Hidalgo concerne en réalité le cricket. À la fin des années 1850, avant même que les règles du football association ne soient fixées en Angleterre, Frank Rule, natif des Cornouailles et magnat minier, met sur pied une équipe de cricket à Pachuca. « Les clubs de football sont issus des clubs de cricket », explique la spécialiste. « En fait, certains étaient interchangeables : les cricketeurs étaient aussi les footballeurs. »
La première mention d’une équipe de football à Pachuca date de 1892. Un article de journal local rapporte une réorganisation de l’équipe à la suite d’un « schisme ». Il y avait eu une « rupture entre ceux de Pachuca et les hommes de la montagne, c’est-à-dire ceux de Real del Monte », détaille-t-elle. « Quand j’ai lu cela, j’ai ri, je me suis dit : comme c’est cornouaillais. Les Cornouaillais adorent un schisme. On leur a dit de se ressaisir et de renforcer leur équipe. »
En 1895, une réunion présidée par Frank Rule aboutit à la fusion du Pachuca Cricket Club, du Pachuca Football Club et du Velasco Cricket Club pour former une entité plus solide. C’est ainsi qu’est né le Pachuca Athletic Club. Frank Rule fit don d’un terrain près de sa hacienda pour que le club puisse y organiser des matchs, à la condition qu’aucune rencontre n’ait lieu le dimanche en raison de ses convictions méthodistes.
La naissance du football organisé au Mexique
Dès 1902, d’autres clubs émergent dans des régions comme Orizaba, dans l’État de Veracruz. Aujourd’hui encore, Orizaba conteste l’affirmation selon laquelle Pachuca serait le premier club du Mexique et revendique ce titre. Ces deux clubs, ainsi que trois autres, se sont réunis pour créer la première ligue de football reconnue au Mexique, la Liga Mexicana de Football Amateur Association. Orizaba remporta le premier titre de champion en 1902, Pachuca connaissant à son tour le succès lors des saisons suivantes, avec un titre en 1904-1905.
Le rôle des femmes cornouaillaises
Les hommes n’étaient pas les seuls à profiter du football : les femmes cornouaillaises jouaient un rôle important dans le spectacle des jours de match. « Elles aimaient se rendre aux matchs et portaient souvent les couleurs du club », indique la spécialiste. « La première référence à la consommation de pasties (chaussons farcis) au Mexique remonte à une interruption lors d’un match de cricket. J’imagine qu’ils avaient été préparés par les dames cornouaillaises. » À l’époque, les pasties constituaient un aliment essentiel pour les mineurs, leur croûte épaisse servant de…