La frontière entre réel et fiction se brouille sur les réseaux sociaux, où pullulent des vidéos présentées comme des témoignages du passé mais qui sont en réalité fabriquées par intelligence artificielle. Ce phénomène, amplifié par la démocratisation des outils génératifs, interroge autant les historiens que le grand public.
Roland Meyer, spécialiste des médias à l'université de Zurich, estime que cette tendance n'a rien d'anodin. Selon lui, l'IA donne l'impression qu'il est possible de « recombiner des images du passé, de générer des images synthétiques qui n'existent pas mais qui auraient pu exister, et ainsi de combler des lacunes perçues ou réelles dans les archives et dans le récit historique ». Il juge toutefois cette promesse « trompeuse ».
Une technologie à double tranchant
Paradoxalement, l'intelligence artificielle est aussi utilisée à des fins scientifiques légitimes. À Pompéi, en Italie, des archéologues ont eu recours à l'IA pour reconstituer le visage d'une victime de l'éruption du Vésuve en 79 après Jésus-Christ. Il s'agit d'une première dans le domaine. Cette application contraste avec l'usage non encadré qui prévaut dans la sphère publique.
Les générateurs d'images par IA sont en effet connus pour leurs erreurs et leurs « hallucinations ». Un travail de vérification s'impose donc face aux contenus viraux. Plusieurs indices permettent d'alerter.
Première question : la vidéo a-t-elle pu être tournée ?
L'historien et spécialiste de l'IA Sebastian Kubon recommande de s'interroger sur la simple possibilité technique de l'enregistrement. « Parlons-nous d'une époque où les vidéos existaient déjà, ou d'une époque où elles n'existaient pas ? », demande-t-il. Ainsi, une séquence animée censée montrer la vie quotidienne à Pompéi avant l'éruption ne peut être authentique : aucune caméra ne fonctionnait alors.
Anachronismes et incohérences visuelles
Un examen attentif révèle souvent des détails qui trahissent la supercherie. Des objets, des vêtements ou des architectures d'époques différentes peuvent apparaître ensemble. Les déformations des visages, des mains ou des membres constituent également un signe récurrent. Les mouvements saccadés ou la texture trop lisse de l'image peuvent aussi mettre la puce à l'oreille.
Une vigilance accrue nécessaire
Au-delà des techniques de repérage, les experts appellent à adopter un regard critique systématique face à toute représentation historique diffusée en ligne. Alors que les outils d'IA progressent rapidement, la capacité à discerner le vrai du faux devient une compétence essentielle pour ne pas tomber dans le piège d'une réécriture artificielle du passé.