Alors que les États-Unis et Israël ont lancé une vaste offensive contre l'Iran à la fin du mois de février, l'objectif affiché était de paralyser à la fois la République islamique et son réseau d'alliés paramilitaires, connu sous le nom d'Axe de la Résistance. Ce dernier regroupe le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen ainsi que diverses milices en Irak, tous opposés à Washington et à Tel-Aviv. Pourtant, malgré des succès tactiques sur le terrain, les capacités de nuisance de ces groupes n'ont pas été anéanties.
Une résilience inattendue
Selon Peter Salisbury, chercheur au sein du centre de réflexion américain Century International et principal auteur d'un récent rapport intitulé « Au-delà de l'Axe », l'hypothèse initiale des planificateurs militaires était qu'« en frappant les bons dirigeants, les installations d'armement et les lignes d'approvisionnement, un acteur extérieur pourrait provoquer un effondrement catastrophique du régime iranien et de son réseau d'alliés au Moyen-Orient ». Or, les faits observés contredisent cette vision. Les forces iraniennes ont continué à lancer des attaques de drones contre les États voisins du Golfe et le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz. Parallèlement, leurs partenaires libanais et yéménites ont accru la pression sur Israël et intensifié leurs opérations contre les navires marchands en mer Rouge.
Des drones peu coûteux et redoutablement efficaces
L'élément central de cette résistance tient à la démocratisation des drones. En comparaison avec des systèmes de défense coûteux comme les batteries Patriot, ces aéronefs sans pilote sont extrêmement bon marché à fabriquer. L'Iran a massivement investi dans la production, le transfert de technologie et la formation de ses alliés, leur conférant une capacité à agir de manière beaucoup plus indépendante de Téhéran. Wolf-Christian Paes, chercheur associé à l'International Institute for Strategic Studies et contributeur au rapport « Au-delà de l'Axe », souligne que le terme même de « proxies » (mandataires) pourrait être trompeur : ces groupes disposent désormais d'une autonomie opérationnelle qui leur permet de poursuivre leurs objectifs sans attendre un ordre direct depuis Téhéran.
Un réseau difficile à démanteler
La question posée par les analystes est désormais de savoir si ce réseau est devenu trop résilient pour être démantelé par des frappes militaires. Les récents développements montrent que malgré les pertes subies, les capacités de production locales restent intactes et la coordination entre les différentes factions se maintient. Les drones, en particulier, sont devenus une arme asymétrique redoutable : ils peuvent être lancés en essaims, depuis des sites difficiles à localiser, et leur coût réduit en fait une menace permanente pour des infrastructures bien plus onéreuses. Cette évolution pourrait contraindre les stratèges américains et israéliens à revoir leurs approches, intégrant la dimension durable de cette menace aérienne.