Un sondage publié mardi 10 juin révèle une défiance inédite des Français envers leur système judiciaire. Seuls 49 % des citoyens disent avoir confiance dans la justice, un niveau jamais aussi bas depuis au moins six ans. L’étude confirme que deux personnes interrogées sur trois expriment une défiance à l’égard de l’institution.
Cette enquête d’opinion intervient dans un climat particulièrement tendu, marqué par le décès de Lyhanna, une fillette de 11 ans dont le corps a été retrouvé le 4 juin. Le principal suspect, Jérôme Barella, a été placé en détention dans le sud de la France. Dans ce dossier, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a à plusieurs reprises évoqué des « dysfonctionnements graves » au sein du système judiciaire.
Une confiance en berne
Le chiffre de 49 % constitue le plus faible taux de confiance dans la justice française enregistré depuis 2019, année de la première mesure comparable. La proportion de citoyens se déclarant confiants dans l’institution est ainsi passée sous la barre symbolique de la majorité absolue. Les sondeurs soulignent que le rejet est particulièrement marqué chez les personnes ayant déjà eu affaire à la justice, sans toutefois que le sondage ne permette d’isoler les raisons précises de cette érosion.
L’affaire Lyhanna a cristallisé l’attention publique. Des voix se sont élevées pour dénoncer des lacunes dans le suivi judiciaire de l’enfant, dont le nom a été largement partagé sur les réseaux sociaux. Le gouvernement a multiplié les annonces visant à améliorer la protection des mineurs, mais le fossé entre les attentes des citoyens et la perception de l’efficacité de la justice semble s’être creusé.
Réactions politiques
Plusieurs responsables politiques ont réagi à cette publication. Le garde des Sceaux a réaffirmé sa volonté de mener des réformes structurelles, tandis que l’opposition dénonce un désaveu de la politique judiciaire menée depuis plusieurs années. Aucune déclaration officielle du Premier ministre ou du président de la République n’a pour l’instant été rapportée.
Ce sondage, réalisé après les révélations sur l’affaire Lyhanna, intervient également alors que le système judiciaire fait face à des critiques récurrentes sur les délais de traitement des affaires sensibles. Plusieurs enquêtes parlementaires sont en cours ou annoncées pour faire la lumière sur d’éventuels manquements.
Un indicateur suivi de près
La mesure de la confiance dans la justice est réalisée périodiquement par les instituts de sondage. Le dernier pointage, effectué avant cette publication, datait de plusieurs mois et montrait déjà une érosion, mais dans des proportions moindres. Le seuil de 50 % était alors encore maintenu.
Les experts en opinion publique notent que la défiance envers la justice s’inscrit dans un mouvement plus large de méfiance envers les institutions, que partagent d’autres pays européens. Toutefois, la France figure parmi les États où ce taux est le plus bas.
Prochaines étapes
Le gouvernement a annoncé la mise en place d’une cellule d’enquête interne pour examiner les circonstances de la mort de Lyhanna et les éventuelles responsabilités. Par ailleurs, une mission parlementaire doit être lancée dans les prochaines semaines. L’exécutif espère que ces mesures permettront de restaurer une partie de la confiance perdue, mais les associations de défense des droits des enfants jugent ces annonces insuffisantes.
La publication de ce sondage relance le débat sur l’indépendance et l’efficacité de la justice dans un contexte où plusieurs affaires médiatiques ont mis en lumière des dysfonctionnements. Le ministère de la Justice assure avoir déjà engagé des réformes de fond, notamment sur la protection des mineurs et la rapidité des procédures.