Territoires conquis et ambitions idéologiques

Depuis le déclenchement des hostilités, les forces israéliennes ont élargi leur emprise sur des zones situées au-delà des frontières de 1949. Ce mouvement militaire, justifié par des impératifs sécuritaires, trouve un écho particulier au sein de l'extrême droite israélienne et d'une partie de la classe politique, pour qui il s'inscrit dans un projet plus ancien : la création d'un « Grand Israël » (Eretz Yisrael HaShlema).

Ce concept, qui puise ses racines dans le sionisme revisionniste, prône la souveraineté hébraïque sur l'ensemble de la Palestine mandataire ainsi que sur certaines parties de la Jordanie, du Liban, de la Syrie et de l'Égypte. Si cette vision est restée longtemps marginale, les récents gains territoriaux lui offrent une nouvelle actualité.

Une base idéologique réactivée

Pour certains militants et figures politiques de la mouvance nationaliste religieuse, l'extension des zones sous contrôle israélien n'est pas une simple conséquence de la guerre : elle en serait l'horizon désiré. Des responsables publiquement associés à cette mouvance considèrent que chaque conquête militaire rapproche le pays de ses « frontières bibliques ». Cette lecture messianique de l'histoire contemporaine est partagée par plusieurs colons et intellectuels organiques de la droite radicale, qui voient dans l'affaiblissement des États voisins une occasion providentielle.

Cette idéologie, autrefois confinée aux cercles doctrinaux, s'est invitée dans le débat public et dans certains discours parlementaires. Elle croise désormais les objectifs stratégiques de l'état-major, même si les autorités officielles continuent de mettre en avant la seule nécessité de défendre la sécurité du pays.

Des frontières mouvantes sur le terrain

Sur le plan concret, l'armée israélienne a consolidé des positions en territoire syrien (notamment dans la zone du Golan et au-delà de la ligne de cessez-le-feu de 1974), ainsi que dans le sud du Liban. Des incursions et des opérations de « nettoyage » menées en Cisjordanie ont également renforcé la présence militaire israélienne dans des secteurs qui relevaient auparavant de l'Autorité palestinienne.

Dans le même temps, le gouvernement israélien a accéléré la construction de nouvelles implantations dans les zones contestées. Ce mouvement aggrave les tensions avec la communauté internationale, qui rappelle l'illégalité des colonies au regard du droit international.

Réactions et implications régionales

Cette dynamique suscite une vive inquiétude parmi les voisins d'Israël et au-delà. Des chancelleries occidentales, tout en soutenant le droit d'Israël à se défendre, expriment leur préoccupation face à ce qu'elles perçoivent comme une expansion unilatérale. La Ligue arabe a dénoncé des « visées annexionnistes » contraires aux résolutions de l'ONU.

À l'intérieur d'Israël même, le débat reste vif. Des voix critiques, issues des cercles académiques, des anciens responsables sécuritaires et de l'opposition politique, mettent en garde contre les conséquences d'une telle stratégie. Selon eux, l'annexion de facto de territoires supplémentaires compromet toute perspective de solution à deux États, isole le pays sur la scène diplomatique et alimente un cycle de violence sans fin.

Un pari risqué pour l'avenir

Le gouvernement israélien actuel, parmi les plus à droite de l'histoire du pays, est traversé par ces tensions. Si l'aile sécuritaire insiste sur la nécessité de garantir des frontières sûres, l'aile idéologique pousse pour une transformation permanente de la carte. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, et le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir – tous deux figures de la droite radicale – ont à plusieurs reprises appelé à la « souveraineté totale » sur la Cisjordanie et à l'annexion de facto des zones conquises.

Cette ligne a été critiquée par certains alliés étrangers, notamment les États-Unis, qui plaident pour une solution négociée. Mais l'administration américaine, préoccupée par ses propres priorités stratégiques, n'a pas imposé de sanctions significatives pour freiner cette dynamique.

La question palestinienne au centre

Pour les Palestiniens, l'expansion en cours est la preuve que le conflit n'est plus un simple litige frontalier mais un processus de colonisation systématique. L'Autorité palestinienne, dont l'autorité s'érode de jour en jour, dénonce une « annexion rampante ». Le Hamas, de son côté, instrumentalise ces avancées pour justifier sa propre radicalisation.

À l'heure actuelle, la communauté internationale observe sans parvenir à inverser la tendance. L'ONU, affaiblie par ses divisions internes, n'a pas été en mesure d'adopter une résolution contraignante.

Un plan plus vaste ?

La question sous-jacente, pour de nombreux analystes, est celle de la stratégie globale. L'extension des frontières israéliennes par la guerre répond-elle à une logique circonstancielle de court terme – la destruction des capacités militaires ennemies – ou bien s'inscrit-elle dans un plan à long terme, celui du « Grand Israël » qui unit une partie de la droite israélienne ? La frontière entre les deux est d'autant plus floue que le discours officiel alterne entre prudence tactique et audace idéologique.

Ce qui est certain, c'est que la carte du Proche-Orient est en train de se redessiner, de facto, au rythme des opérations militaires. Et que cette transformation, pour une frange non négligeable de la société israélienne, n'est pas une anomalie mais un accomplissement.